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Qui a peur des méchants woke LGBT ? Partie 1 : T comme Trans.

Par rodmann, lundi 1er septembre 2025.

En 2025, Elon Musk créé son parti politique. Et… ce n’est pas une bonne nouvelle.

Elon Musk est l’une des personnes les plus connues, et probablement influentes du monde, en tout cas, jusqu’en 2025. Il a fait publiquement des attaques contre ce les américains ont appelé le wokisme.

Il est un peu effrayant, cet entretien de fin juillet 2024, (de presque 2h sur Youtube [1]) entre Jordan Peterson et Elon Musk. Peterson anime son podcast en prêcheur, il parle autant que son invité et il induit fortement les réponses, en invoquant son dieu régulièrement. En face de lui Elon Musk, plus timide, comme cherchant encore un sens à donner à sa vie et à ses jouets d’adultes. Ces deux hommes sont des acteurs éclairants sur une certaine vision de l’avenir de l’humanité, portée par ces Républicains qui soutiennent Donald Trump, qui pensent que Chat GPT est une IA menteuse et qui, comme ses concurrents, serait infectée d’un « virus woke », tout ça sur fonds de bigoterie nataliste et de neurosciences. Peterson répond à ses propres questions, et Elon Musk semble être venu passer un message perso : il serait l’avenir de l’Amérique et il veut « détruire » les « wokes » qui auraient tué son fils.

Le sujet woke est imposant, il pose beaucoup de questions sociétales, j’y reviendrai certainement, le terme wokisme a été réinventé par la droite pour désigner et invalider tout militantisme de gauche, quelque soit le sujet. Derrière ce mot, tous les amalgames, et toutes les stupidités sont possibles, selon la technique de l’épouvantail, Clément Viktorovitch vous expliquait sur France Info [2].

J’en reviens à Elon Musk, il a donc une fille transgenre. Ce qu’il a exprimé, c’est sa souffrance, son incompréhension. Et plutôt que de travailler sur lui-même pour faire le deuil de son fils, et d’avoir la joie d’accueillir sa fille, Musk préfère en vouloir à ce qu’il appelle le « virus woke », pour exprimer sa douleur.
Derrière ça, il y bien plus : Novethic [3] nous informait que « Le patron de Space X et Twitter a décidé de déplacer les sièges de ses entreprises au Texas en raison de la culture “woke” de Californie. Il a pris pour cible une loi protégeant les élèves transgenres, accusant cette éducation d’avoir poussé un de ses enfants à changer de genre ».
La vraie raison n’est pas celle-ci, eh oui, c’est évidemment et d’abord une question d’argent, l’article précise que « ... en toile de fond, c’est aussi la fiscalité et son soutien à Donald Trump qui l’ont motivé. Le Texas, terre Républicaine par excellence, offre une fiscalité beaucoup plus avantageuse qu’en Californie, en plus de s’être dotée d’un arsenal législatif très restrictif pour les droits reproductifs et pour les personnes LGBTQIA+  ». Oui, sauf que Musk avait déjà commencé à se délocaliser dès 2020, c’était pour déplacer le siège de Tesla : « Je suis heureux de vous annoncer que nous allons bouger notre siège à Austin, a déclaré Elon Musk à l’occasion de l’assemblée générale annuelle des actionnaires de Tesla. Il a lui-même personnellement quitté la côte ouest en 2020 et a, à plusieurs reprises, vivement critiqué les autorités californiennes depuis le début de la pandémie pour des règles sanitaires qu’il jugeait trop strictes » nous informait Le Monde [4] en 2021.

Tout est là sous vos yeux : religion, argent, conservatisme : ce cocktail réactionnaire fonctionne toujours très bien, et il s’importe en France sans taxe douanière.

Parce qu’en France aussi, le discours de droite pousse vers ce genre d’extrême.
EXCdanslair en mai 2023

Et avec toujours les personnes transgenres en première ligne de mire, alors qu’elles représentent 1% de la population, selon l’étude de l’INSERM 2023 [5].

Ce qui devrait passer presque inaperçu et n’être qu’un épiphénomène est devenu la nouvelle obsession de la droite ! Ce que les trans ont entre les deux jambes s’est incrusté entre leur deux lobes cérébraux.
Ils savent très bien ce qu’ils font : par exemple le simple titre d’une vidéo du club du Figaro « L’idéologie transgenre est-elle une menace ? » [6], montre bien que les intellectuels de droite tuent le débat, en imposant un concept qui n’existe pas, car il n’y a pas d’idéologie transgenre, ou alors elle n’existe que dans la tête des terfs. Et dans le club du Figaro, dans lequel les réacs discutent entre eux, évidemment, aucune personne trans pour débattre, et le pseudo débat, qui n’est en fait qu’une promotion pour un pamphlet sur une soit-disant « Fabrique de l’enfant transgenre », démarre sur des mensonges regardez les nombres.

Le Figaro a comme source, je pense, un simple sondage Ifop en ligne réalisé en novembre 2020 auprès de seulement 1 006 personnes. Encore une fois l’IFOP se trompe, il n’y pas 20% de personnes non-binaires, en lisant des études plus sérieuses, comme celle faite en 2025 par l’INED [7] le nombre est de 1,7%, sans parler de l’étude de l’INSERM 2023 auprès de plus de 31 000 personnes, qui évoque 2,35% de personnes en questionnement de genre, 6% pour la tranche des 18-29 ans.
Quand aux 4 000% d’augmentation des cas chez les mineurs, si j’en crois l’article de La Croix [8], « L’Assurance-maladie fournit un éclairage statistique plus fiable sur le sujet. Au total en 2020, 8 952 personnes étaient titulaires d’une affection longue durée (ALD) pour transidentité. Ces patients sont pris en charge à 100 % par la Sécurité sociale dans le cadre de leur transition. L’essentiel des bénéficiaires (70 %) avait entre 18 et 35 ans, et seulement 3,3 % étaient des mineurs ». Et selon la Haute Autorité de santé, le décompte des séjours hospitaliers a été « multiplié par trois entre 2011 et 2020, passant de 536 à 1 615 ».
En fait, en l’absence d’étude fiable, 4 000% c’est juste une énormité.

Et quand bien même, s’il y avait 20% de personnes non-binaires, j’y verrai une bonne nouvelle, un signe d’émancipation des modèles archaïques. Après des décennies de féminisme, qui a pu déconstruire le modèle archaïque des femmes, et grâce à quoi, une femme peut aujourd’hui, par exemple, être éditorialiste au Figaro, ouvrir un compte en banque et gagner sa vie sans homme, être indépendante et émancipée. La déconstruction d’un modèle n’est pas une destruction, mais une émancipation, un chemin de liberté. Et spoiler : ça peut être pareil pour les hommes, les personnes non-binaires ou trans.

Et puis la narration de droite devient manipulation. Par exemple dans Transfuge [9] 08 qui cherche un fondement philosophique par Jean-François Braunstein : « Braunstein n’est pas Zemmour et ne croit évidemment pas à un essentialisme du masculin et du féminin mais s’effare du présupposé inverse : la négation absolue du corps et de la réalité biologique ». Alors qu’en fait c’est le contraire, la transidentité ce n’est pas la négation du corps, les personnes trans ne vivent pas dans le métavers, et c’est bien le corps dans sa réalité biologique, le cœur du problème, le corps n’est pas nié, il est l’objet de toutes les attentions (et de souffrances) pour les transgenres.

Le discours anti-trans de la droite est méprisant, surtout depuis 2007, par exemple avec Pierre Valentin dans Le Média Pour Tous [10] tous à droite surtout, merci Libération [11] pour nous avoir refait le CV de son créateur. « On voit sur TikTok notamment c’est assez terrible, l’éloge de la dysphorie de genre, où on voit des jeunes "le matin je me sens homme, 2h après je me sens femme et c’est génial, soyez comme moi c’est trop cool", alors que c’est une dysphorie, c’est un trouble, ce n’est pas quelque chose de normal, et sous couvert de tout normaliser et d’être bien dans sa peau, on fait pas le distingo entre "tu peux être quelqu’un de très bien, mais ça c’est un trouble il ne faut pas que tu t’enfonces là-dedans, ça va te causer des problèmes sur le long terme. Et dans la même logique il y a les études de corpulence, les fat-studies, qui vont vous dire "non mais toutes ces études scientifiques qui vous disent qu’à 140Kg votre espérance de vie va diminuer, vous avez des crises cardiaques, des pertes de concentrations", ça c’est un gros un complot des dominants pour opprimer les personnes comme vous. Donc il y a un relativisme qui est prêt à nier la science pour "défendre" les minorités, mais pour en réalité les enfermer dans ce statut là. »

De tous les comptes trans que je suis sur les réseaux, jamais je n’ai vu qui que ce soit faire « l’éloge de la dysphorie de genre » ou changer d’identité dans la journée. Ce genre de mensonge est tout simplement du mépris, qui n’est construit que pour décrédibiliser les transitions. Et comparer la dysphorie de genre à l’obésité, qui est une maladie, est tout simplement une malhonnêteté intellectuelle, qui discrédite immédiatement son auteur. J’ai, très modestement suivi, quelques parcours de transition, et j’ai découvert Leslie, qui a couvert toutes les facettes du sujet, Loulou qui a été très honnête sur son parcours, et puis aussi Morgan par exemple ou Olivia Ciappa, la photographe qui ont tout expliqué sans tabou. Bref, ces personnes montrent qu’être trans n’est évidemment pas un caprice qui te vient en 2h. Par contre 2h c’est juste le temps qu’il faut pour enregistrer une video ou écrire un article transphobe basé sur des mensonges estampillés anti-woke.

L’infusion des idées d’extrême droite dans la droite traditionnelle, dont je me demande si elle existe encore, n’apporte aucun argument intelligent pour étayer ses attaques contre les personnes transgenre. Alors, elle profère des conneries qui semblent logiques, mais qui sont faites pour manipuler le grand public pas très au courant de ces sujets. Exemple avec Marion Maréchal Le Pen. Elle tente de comparer le TEMPS, une donnée physique fondamentale qui s’impose à nous, à l’identité de genre, qui est une pure construction sociale. Donc oui on comprend son absurdité, celle de la droite dure, dont la mauvaise foi essaye de te faire croire que les trans nieraient la différence des sexes, ou des genres. S’il n’y avait pas de différence, y’aurait pas besoin de transition.
En parlant de différence des sexes, on peut noter que les réacs s’intéressent beaucoup plus aux vagins qu’aux pénis d’ailleurs. Ce qui les intéresse, c’est de réduire de nouveau les femmes à leur capacité utérine. (Leur capacité à expulser un bébé par leur vagin si tu préfères). Et c’est pareil chez les américains, par des chaines de propagande comme Sky News [12].

Ces arguments CONTRE ce qu’ils appellent le wokisme tu vas en trouver des centaines, qui surfent sur le buzz, pour vendre des livres, des vidéos, des chaines Youtube haineuses dédiées au sujet, et tous fonctionnent de la même façon : utiliser une réthorique d’inversion des propos victimaires. La majorité réfute désormais aux minorités la possibilité même, de dénoncer des faits de discrimination structurels à la société.

Or, les victimes sont bien les personnes LGBI et T comme Trans. Si elles n’étaient dans les premières victimes d’agressions, l’État n’aurait pas lui-même créé un plan national d’action pour l’égalité des droits contre la haine et les discriminations anti-LGBT+ en 2020. [13].

Dans la logique d’attaque des militants de gauche, le raisonnement va carrément, comme le fait Mathieu Bock-Côté, un québécois qui vient en France nous expliquer la vie rêvée de la droite, exemple sur la chaine Omerta [14], il y élabore une réthorique très fine pour dédiaboliser l’extrême-droite, qui serait « un concept indéfinissable ». Sa rhétorique vise à renverser la diabolisation de l’extrême-droite vers la gauche, et ça fonctionne, depuis les dernières législatives, et avec ce genre d’assertion contre les enfants trans qui n’a aucun fondement, puisque les statistiques lui donnent tort, 94% des transitions sont déclarées comme des réussites par les personnes concernées selon l’Association Pédiatrique Américaine [15] commentée en français par Allo Docteur [16].

Alors des enfants vraiment cobayes, il y en a eu, dans la Manif pour Tous, avec papas et mamans pour leur apprendre à afficher et à assumer une haine de l’autre inédite, en opposition totale avec leurs propres doctrines religieuses.

Encore un exemple édifiant sur Europe 1 [17], au micro de Philippe Vandel, Jean-François Braunstein est capable de mettre dans une même phrase des lavements de pieds, un meurtre raciste, le privilège blanc, qui vous mène dans à une secte woke sans pardon. On voit dans ce raisonnement mal fabriqué, la parano d’une majorité est mise mal-à-l’aise par des minorités.

Autre exemple, toujours Braunstein, cette fois chez André Bercoff sur Sud Radio [18] extrait : EX31sud
Donc je résume cette violente diatribe
– la transidentité serait un caprice,
– il y aurait des parents qui sont normaux,
– à 5 ans les enfants choisiraient leur genre,
– l’école transformerait les enfants normaux en trans dès 5 ans,
– les médecins seraient terrorisés par les wokes,
– les aidants favoriseraient le suicide chez les trans.
40 ans de philosophie pour arriver à ce genre d’inepties. C’est vertigineux.

La vérité c’est que l’âge moyen de la première prise en charge pour une dysphorie de genre est plutôt entre 14 et 15 ans, selon une étude [19] commentée par Trajectoire Jeunes Trans [20]. Mediapart [21] estime, en l’absence d’étude française exhaustive, qu’un enfant mineur sur 124, consulterait pour un dysphorie.

Alors qu’est-ce qu’il se passe dans la tête des gens de droite ? Dans l’Express [22], le psychanalyste et psychothérapeute Pascal Neveu définit la psychose paranoïaque « Un paranoïaque se caractérise par un "moi" fragilisé et nourrit des fantasmes sur un objet extérieur, qu’il considère comme dangereux pour lui-même. Il a l’impression qu’on lui en veut, qu’on le trompe, qu’on a l’intention de lui nuire ou de le manipuler. Des angoisses qui peuvent aller jusqu’au délire." ».

C’est exactement ce que nous vivons depuis 2012, ça a commencé avec la création de la Manif Pour Tous, un mouvement de psychotiques paranos, influencé par la droite chrétienne américaine sur laquelle Mediapart avait enquêté [23], qui a réunit les réacs et les néo-bigots dans le plus grand mouvement de haine jamais vu en France depuis… depuis la Nuit de la Saint-Barthélemy peut-être ? Mets en commentaire sur Youtube si t’as une idée de référence historique plus adéquate.
Voir La face cachée de la manif pour tous de Reportages et investigations
 [24].

Mais j’en reviens à Elon Musk. Derrière Musk, se cache, de moins en moins, une internationale fasciste qui s’est crééé, et qui a poussé Trump, avec son Projet 2025.
La parano de droite continue inlassablement de fabriquer du délire, se nourrissant de faits divers, qu’ils transforment en faits de société. C’est le même type de narration utilisé par les Républicains américains et Trump. Peu importe la réalité ou la vérité, ce qui importe c’est de frapper les esprits, par des médias qui n’apportent pas de contradiction.

L’extrême-droite a donc gagné les élections 2024 aux USA, nous en voyons l’absurdité tous les jours. La création du parti politique « Le Parti de l’Amérique » lancé par Elon Musk en 2025, pourrait donner de l’espoir, que cette initiative va affaiblir les Républicains américains en les divisant. Elle pourrait tout aussi bien, radicaliser des Républicains modérés, ceux proches de la tech par exemple. Musk a été tout bonnement viré par Trump du gouvernement, parce que pas assez populiste, La Croix [25] 01 t’explique qu’il est beaucoup plus libertarien que Trump.
Cnews [26] 02 te dit aussi qu’il « prône la liberté individuelle, la limitation du rôle de l’Etat et la défense des droits personnels, économiques et civils. Il valorise le libre marché et une intervention minimale du gouvernement dans les affaires privées et économiques ». C’est dans cet unique but que Trump avait choisi Musk pour démonter une partie de l’administration américaine.

Les anti-wokes français sont en train de former une sorte Manif Pour Tous puissance 10, une droite pour tous qui, posée sur de pseudos scientifiques, poussée par des médias controlés par des milliardaires, qui leur offrent des antennes libres tous les jours.
Bref, quand tu entends woke, comprends la gauche c’est plus simple. Et tu comprends mieux que ça emmerde la droite, ça enrage l’extrême droite.

Si tu es d’une minorité, ce qui est étiqueté comme woke est a priori plutôt bon pour toi. Fais quand même gaffe y’a des cons partout, tout discours ou toute action qui se dirait "woke", a besoin d’être examinée avec méthode et impartialité, comme pour tout.

En tout cas sois-en sûr, après les trans, ton tour viendra.

Pour conclure cette revue de presse sur la montée du fascisme par sa face visible, cette vague de haine anti-trans, cette armée d’anti-wokes, je retiens que l’expression anti-woke, c’est leur code de ralliement, pour tirer la droite modérée vers un courant plus dur. Les anti-wokes sont soit des néobigots, soit des réacs de base, soit des néofaschos, soit de simples Rastignacs, ou leurs alliés, qui pensent avoir intérêt à aligner la droite française sur celle de Trump. Ceux qui pensent profiter du système.
Clément Viktorovitch le résumait comme ça sur France Info [27].

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Notes et bibliographie :



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