J’avais lu en 2010 une dépêche sur Excite France [1] à propos du patineur Johnny Weir, homosexuel assumé [2], dont la participation au JO de Vancouver a été marqué par la fourrure de son costume [3], mais surtout par deux commentateurs canadiens qui « s’en sont pris avec virulence à un patineur qui exécutait avec brio quelques figures artistiques sur la glace des JO de Vancouver. Jugeant le jeune homme peu viril, Claude Mailhot et Alain Goldberg n’ont pas lésiné sur les commentaires homophobes allant jusqu’à qualifier le sportif de ‘mauvais exemple’ pour ses pairs. ‘C’est ennuyeux parce qu’on pense que tous les garçons qui patinent vont devenir comme lui’ ont-ils déclaré sans le moindre scrupule ». Soleil [4] condamne aussi cet « incident d’autant plus regrettable qu’un pavillon dédié aux athlètes gais et lesbiennes a été installé pour la première fois dans le cadre de Jeux olympiques, à Vancouver ».
Le patinage n’échappe donc pas aux dérives homophobes de patineurs en mal de reconnaissance, comme en témoigne Le Journal du Dimanche [5] avec les propos de Brian Joubert « Certains patineurs ne nous aident pas. Ils sont efféminés et en rajoutent encore avec des frous-frous. Je me bats contre tous ces chichis, ça m’horripile. Pas étonnant ensuite qu’on passe tous pour des tatas ou des chochottes ». Nous sommes typiquement à la racine de l’homophobie, quand l’identité genrée vacille sur ses repères. Grazia [6] parle de grosse flaque d’homophobie. Et splash.
Paul Parant nous rappelle « pourquoi il est si difficile de faire son "coming out" dans le milieu du sport » dans un article de Libération [7]. Derrière un Matthew Mitcham, seulement « 0,2% des sportifs présents » sont assumés : « Dans le monde très macho de la compétition sportive, où chaque faute (toute dérogation à la règle, au code de conduite) est lourdement sanctionnée, cet écart de la norme est extraordinairement difficile à imaginer. Et on imagine les dégâts dans la tête des aspirants champions... ce qui ne peut que nuire aux résultats sportifs, comme l’a bien expliqué le rugbyman Gareth Thomas, un autre de ces rares champions à avoir dit son homosexualité avant de prendre sa retraite : « J’ai pensé au suicide, juste pour ne pas avoir à affronter l’étape » du coming out. Aujourd’hui, il se dit pourtant « incroyablement fier » de l’avoir fait ».
Je me suis donc attardé sur la lgbition des jeux olympiques de London, et pas seulement au milieu du patinage, « un milieu où il n’y avait pas vraiment en plus de vrais mecs » d’après Philippe Candeloro expliqué par l’Obs [8], mais à tous les sports, parce que d’après Direct8, « Au village olympique, le sexe est roi » [9], repris par 20 Minutes [10], Le Soir [11] ou Slate [12], Le Figaro [13], Le Huffington Post [14].
Citant brièvement ESPN [15] qui donne pas mal d’anecdotes croustillantes, car avec 100 000 préservatifs prévus pour 10 000 athlètes « Une chose est désormais sûre, quel que soit le climat sévissant au Royaume-Uni : à Londres, l’été sera chaud ». L’une des anecdotes non racontée par la presse française est celle de Greg Louganis, racontant ses JO 1976 avec des russes…
Il semble révolu le temps où l’on entendait que le sport de haut niveau était incompatible avec le sexe comme le confirme Le Soir [16], qui demande « l’activité sexuelle peut-elle avoir un impact négatif sur la performance des athlètes ? » à Jean-François Toussaint, directeur de l’Institut de recherche biomédicale et d’épidémiologie du Sport (IRMES) en France. Ce dernier nous rassure, « L’activité sexuelle est une activité physique qui augmente un peu la fréquence cardiaque, la température. Ces points-là vont être relativement compensés dans les 2-3 heures qui suivent les rapports et donc on n’aura pas d’effet négatif sur la performance ». Peut-être que le livre The Secret Olympian cité par Europe 1 [17] en dit plus.
Yagg [18] pose une question intéressante, « Qui seront les athlètes ouvertement LGBT aux Jeux olympiques de Londres ? ». Une bonne question, pour une toute petite réponse, pour la France seule Alexandra Lacrabère, membre de l’équipe féminine française de handball, est citée. The Advocate [19] complète avec les triathlètes Carole Péon et Jessica Harrison. Le poids du secret est encore bien lourds pour les sportifs professionnels.
Et pourtant, à en croire Atlantico [20] le 24 juillet, « l’arrivée des athlètes fait sauter une application de rencontres gay ». Mais Le Point [21] a reçu une réponse complémentaire de l’entreprise Grindr (l’application gay pour sexe rapide près de chez soi [22]) deux jours plus tard sur sa panne « la présence des équipes olympiques n’a eu que peu ou pas d’effets sur nos serveurs. Cette panne dépend de très nombreux facteurs ».
N’empêche que les sportifs de la délégation italienne ont interdiction d’utiliser les réseaux sociaux d’après MeltyBuzz [23].
Lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux, les Inrocks [24], ont remarqué (via Têtu), un baiser lesbien lors du film de présentation, « qui figurait dans une séquence illustrant de multiples embrassades, était le premier bisou échangé en 1993 par Beth Jordache et Margaret Clemence de Brookside, une ancienne série télévisée britannique », et diffusé en en direct dans le monde entier.
Pour beaucoup l’image furtive passe inaperçue, mais Meltybuzz [25], ou Le Parisien [26] nous indiquent que non.
Bien joué.
Quelques jours plus tard, Têtu [27] nous donne de bonnes nouvelles : Karen Hultzer, une archère sud-africaine, se révèle dans un entretien à Mamba Online, puis, dans SBnation [28] elle dit : « Je suis une archère d’âge moyen et je suis lesbienne. Je suis aussi de mauvaise humeur avant ma première tasse de café le matin. Aucun de ces aspects ne définit qui je suis, ils font simplement partie de moi. J’ai de la chance, mon orientation sexuelle n’est pas un problème et je ne souffre pas de discriminations ni de violences comparables à celles auxquelles doivent faire face les lesbiennes de couleur en Afrique du Sud. Vivement le jour où ce ne sera plus un problème et où ce sera aussi utile que de connaître la couleur des yeux d’une personne ou son mets japonais préféré. »
Peut-être a-t-elle répondu à l’appel de Martina Navratilova [29] lancé aux athlètes lgbt à se révéler, ou a l’exaspération de l’acteur britannique Rupert Everett [30], qui « s’est plaint du manque d’homosexuels lors des Jeux olympiques de Londres, et de la manière dont étaient traités les athlètes homosexuels ».

D’autres nouvelles, moins bonnes, comme le tweet homophobe du joueur de football Daniel Thomas, contre les plongeurs Tom Daley et Pete Waterfield, ce dernier ayant exprimé sa déception pour une quatrième place, relaté dans le blog de Morandini [31] : « If there is any consolation for finishing fourth at least Daley and Waterfield can go and bum each other #teamHIV ». Je vous le traduis « S’il y a une quelconque consolation à finir quatrième, au moins Daley et Waterfield pourront s’enfiler l’un l’autre #équipeVIH ». Thomas a été suspendu et a présenté des excuses.
Le gymnaste gay australien Ji Wallace, médaillé en 2000, annonce sa séropositivité par une lettre au StarObserver nous annonce Yagg [32].
Mais ce qui fait plutôt le buzz, c’est la prolifération d’images professionnelles ou privées des sportifs dans leur pratiques professionnelles, selon Libération [33] ou Slate [34] rendue facile par la diffusion d’images de sporno (sexualisation du sport) par les blogs et les réseaux sociaux, les athlètes sont des cibles de choix. Certaines tenues comme les shorts en spandex pour l’aviron font sensation, elles passent pour des accessoires de mode gay d’après SBNation [35].

Pour autant, d’après Megan Rapinoe, athlète américaine, « Je pense qu’il y a beaucoup de lesbiennes dans le sport, et cela se sait largement dans l’équipe. Elles peuvent avoir un style de vie assez ouvert sans se faire connaître dans les médias », dit-elle dans Metro [36], « mais je pense que pour les hommes, malheureusement, ce n’est pas la même ambiance dans les vestiaires », bien que « Les organisateurs des Jeux de Londres eux-mêmes se sont montrés ouverts aux homosexuels en approuvant l’ouverture de la « London Pride House » (« Maison de la fierté »), un lieu de convivialité homosexuel, et en autorisant l’édition d’une épinglette officielle des Jeux ornée d’un arc-en-ciel, le symbole de la cause homosexuelle ».
Et les athlètes lgbt gagnent des médailles [37], et leur palmarès est bon [38].
Le correspondant du Monde [39] à London rapporte que le Telegraph « est déjà revenu à ses vieux démons. "Ian Thorpe est-il gay ?" s’interroge le grand défenseur des valeurs familiales à propos de l’ancien champion olympique de natation. A lire l’article, l’ex torpille australienne reconverti en formidable commentateur de natation à la BBC remplit toutes les cases : trop beau, trop intelligent, trop d’humour, trop bien habillé, trop précis. "Il n’est pas gay", a affirmé son agent à qui la question n’avait pas été posée ».
Mais alors où sont les athlètes lgbt ? Se réservent-ils pour les Gay Games de Paris [40] ? Une proposition des écologistes du IIème arrondissement de Paris pour que la capitale soit candidate aux prochains Gay Games est rapportée par Le Monde [41]. Sont-ils à Katmandou ? Le Nouvel Obs [42] a repéré « le premier tournoi sportif "gay" du Népal », avec comme invité de marque Greg Louganis rapporte Le Point [43]. Attendent-ils d’aller à Sydney en 2014 [44] ?
J’aime beaucoup ce qu’en a dit Mêlée ouverte [45] : « Alors que le débat sur le mariage gay fait rage en France, l’Australie va accueillir le prochain Mondial gay de rugby, en 2014. Comme quoi, mieux vaut une bonne mêlée qu’un mauvais mariage. Enfin, cela prouve que le rugby qu’on taxe trop souvent de sport réactionnaire ou conservateur est bien plus ouvert qu’on ne le dit. Crouch, touch, hold, engage !! ».
Mais force est de constater avec Le Nouvel Obs [46] que « L’homosexualité reste encore un tabou aux Jeux olympiques ». 23 athlètes ouvertement gays, « "Ce chiffre est tellement bas, c’est absurde", souligne Jim Buzinski, co-fondateur d’OutSports.com. Comparé au monde des arts, de la politique ou des affaires, selon lui, "le sport est le dernier placard existant dans la société" ».


