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Mauvais sang

Par rodmann, mercredi 2 octobre 2013.

Le SIDA est une maladie qui continue de faire peur. Quand le député de Droite Éric Raoult, ancien ministre, déclare à ses collègues « Attendez, j’ai pas le sida, vous pouvez me dire bonjour ! » il dit tout haut une forme de gêne plus globale de la société face aux séropositifs. C’est ce que relève Yagg  [1] en juin 2012. ActUp a réagit à cette « sérophobie ordinaire », « faire passer la violence que nous subissons pour une bonne petite blague entre “potes” de l’Assemblée. C’est indigne ». Jean-Luc Roméro réagit lui aussi sur Twitter [2] « j’ai l’impression que je suis un pestiféré. 30 ans de lutte contre les préjugés pour en arriver là ! »

Au sein même des associations de lutte contre le SIDA, les séropositifs sont victimes de discrimination. La raison est simple pour Didier Dubois-Laumé, fondateur du Café Lunettes Rouges du centre LGBT de Paris, qui s’exprime dans L’Express [3] en décembre 2011 : « Les associations LGBT ont peur que les séropositifs nuisent à leur image. Les gays, par exemple, travaillent ardemment à l’obtention d’avancées législatives, n’ont d’yeux que pour le mariage gay et l’homoparentalité. Les séropositifs risquent de brouiller leur message, donc ils préfèrent les mettre de côté ». Pour les Sœurs de la Perpétuelle Indulgence, « les séropos n’ont le droit d’exister que si ils n’ont pas l’air malade, s’ils ont un boulot, s’ils sont bien sous tout rapport ».

C’est dans ce contexte paradoxal que d’autres associations agissent pour que le sang ne soit plus un tabou et lever l’interdiction du don de sang qui exclu les homosexuels. Viva [4] du 11 janvier 2012 : en effet « Depuis 1983, il existe une “contre-indication” aux dons de sang de la part des hommes ayant eu des relations sexuelles avec des hommes ». Cyril Chevreau, président de Pourquoi Sang Priver ?, explique que « Dans les années 80, ça pouvait se comprendre parce qu’on ne connaissait rien sur le sida et c’étaient effectivement les homos les plus touchés, mais ça ne se justifie plus aujourd’hui  ». Cyril essaye de faire un don dans un Établissement Français du Sang (EFS), mais « lorsque le médecin découvre qu’il est en couple avec un homme, Cyril Chevreau est éconduit ».
D’après le site du don du sang [5] « Le risque d’exposition au VIH était (…) 200 fois plus élevé lors d’une relation sexuelle entre hommes que lors d’une relation hétérosexuelle ou d’une relation sexuelle entre femmes ». Pire encore, « d’après le Bulletin épidémiologique hebdomadaire (BEH) de l’InVS du 29 novembre 2011 [6], le taux de découvertes de séropositivité VIH chez les gays augmente alors qu’il diminue ou stagne pour toutes les autres catégories de personnes étudiées », surtout en Île-de-France ou en PACA [7].

L’EFS s’était déjà exprimée en 2006 dans l’Express : « Notre objectif est la sécurité de nos malades, et rien ne peut nous en écarter. Cela n’a rien à voir avec de l’homophobie. D’ailleurs, les lesbiennes ne sont pas exclues des dons de sang. Nous agissons conformément au principe de précaution, aux exigences de l’Agence française de sécurité sanitaire des produits de santé (Afssaps) ainsi qu’à la directive européenne de 2004 qui nous demande d’exclure des dons toutes les personnes jugées à risques. Pour définir quelles tranches de la population sont à risques, nous nous basons sur des données épidémiologiques concernant le VIH ».

Bien-sûr que l’épidémie continue, comme en témoignent Le Progrès [8], ou Le Figaro [9] ou le Courrier de l’Ouest [10] et malgré les actions menées par AIDES [11], mais le ministre de tutelle du Ministère de la Santé Xavier Bertrand, s’exprimait pour un assouplissement [12] alors que Roselyne Bachelot confirmait l’interdiction dans Libération [13] le 14 janvier 2009 « les données épidémiologiques sont incontestables : entre 10 et 18 % des gays sont contaminés, alors que ce pourcentage est de 0,2 % pour les hétérosexuels. Les situations épidémiques ne sont pas les mêmes. Il y a un risque, et ce risque est trop élevé. D’où le maintien de cette contre-indication ».

Il faut un changement de gouvernement pour que la nouvelle ministre de la Santé Marisol Touraine « annonce la possibilité d’autoriser prochainement les homosexuels à donner leur sang » selon Europe 1 [14], L’Express [15], Le Nouvel Obs [16], Libération [17], qui reprennent tous en cœur une dépêche AFP dans laquelle la ministre déclare « Le critère de l’orientation sexuelle n’est pas en soi un risque. En revanche la multiplicité des relations et des partenaires constitue un facteur de risque quelle que soit l’orientation sexuelle et le genre de la personne ».
Le Huffington Post [18], rapporte avec des données épidémiologiques de l’EFS que « L’Italie, l’Espagne et le Portugal autorisent les dons d’homosexuels depuis plusieurs années et sans distinction par rapport aux hétérosexuels. La Grande-Bretagne le permet à condition d’avoir observé un an d’abstinence sexuelle ».

Le porte-parole du collectif Inter-LBGT, Nicolas Gougain, réagit à cette annonce dans Le Journal du Dimanche [19], « C’est super mais on garde à l’esprit que c’était déjà la position de Xavier Bertrand lorsqu’il était ministre de la Santé. On attend de voir les actes ». De son côté Jean-Luc Roméro, président d’Élus Locaux Contre le Sida, réagit : « C’est bien le comportement à risque qui doit être la cause de l’interdiction et non un préjugé stigmatisant lié à l’orientation sexuelle du citoyen ».
Aux États-Unis, « Sous les applaudissements nourris de l’auditoire de la 19e conférence internationale sur le sida à Washington, Hillary Clinton a aussi annoncé plus de 150 millions de dollars de financement supplémentaire pour lutter contre la maladie » nous rapporte E-llico [20].

Le 19 juin, Robert Ménard publie « Draguer les homos » [21], un article utilisant les arguments chiffrés de l’EFS pour argumenter contre l’annonce de Marisol Touraine et finalement se victimiser « A quoi bon réfuter, tenter de convaincre, faire appel à la raison ? Toute tentative d’argumentation n’est que preuve de votre homophobie ! ».
Le même jour, Libération  [22] publie un article du même genre : « Donc, les gays pourraient donner leur sang. A priori, une gentille idée mais, voilà, en matière de santé publique, il faut parfois se méfier des bons sentiments », fondé sur des propos du président d’AIDES, dont je retiens pour ma part qu’« Aides a toujours dénoncé le fait que le questionnaire utilisé pour le don du sang traduit une stigmatisation d’un groupe humain, au lieu de s’intéresser aux risques pris par la personne ».

Jérôme Pasanau leur répond dans Le Nouvel Obs [23] sur le manque de clarté quant aux nombres et qualités des personnes contaminées, et il rebondit sur l’argument d’Aides « À mon sens, le questionnaire doit être totalement repensé et il faut intégrer cette notion de prise de risques. Les gays réclament, de leur côté, l’ouverture au don du sang sous prétexte du principe d’égalité. Soit. Mais, à mon avis, demander l’ouverture pour être égal sans penser aux risques est suicidaire et contre-productif. Il faut aller au delà de la simple demande d’égalité ».

Les professionnels de santé interrogés par le Journal International de Médecine [24] indique qu’à 66 % ils « demeurent favorable au maintien de l’exclusion des homosexuels masculins du don du sang ».
Les parisiens sont 3 fois plus infectés que les provinciaux nous rappelle Europe 1 [25], 20% d’entre eux ne savent pas qu’ils sont atteints ajoute France Soir [26], infos reprises par Terrafemina [27].
Il apparaît donc que « La prévention du sida dans la communauté gay est à revoir » comme le titre Le Figaro [28] le 23 juillet, parce qu’« Aujourd’hui en France, sur les 7000 nouvelles contaminations par an, la moitié concerne des gays (…) pour faire reculer l’épidémie chez les HSH, il faut diversifier les stratégies et aller au-delà du simple encouragement à utiliser des préservatifs. Ils recommandent de dépister le plus possible et d’utiliser les médicaments antirétroviraux à titre curatif pour réduire l’infectiosité des séropositifs. Et de les utiliser aussi à titre préventif pour réduire le risque chez ceux qui ne sont pas infectés ». Alors que d’après Le Parisien [29] « Les jeunes homosexuels plus vigilants face au dépistage du VIH que leurs aînés », ce que confirme Doctissimo [30], alors qu’ils sont toujours les plus infectés.

Alors, « Une génération sans sida, est-ce vraiment possible ? » comme le demande 20 minutes [31] le 24 juillet.


Où en est-on sur la recherche contre le SIDA ?

Rue89 [32] explique Ipergay, l’essai médical contre le VIH, qui a pour but de tester un médicament contre le virus (le Truvada), ce qui implique que des cobayes s’y exposent. Car « Non, la fin de la pandémie de sida n’est pas en vue » insiste Le Point [33]. ActUp est opposée à la mise sur le marché du Truvada, premier traitement de prévention contre le sida destiné aux personnes à risques en vente aux États-Unis [34], l’association estime que les résultats ne sont pas prouvés assez efficaces nous relate E-llico [35]. Mais Le Parisien [36] voit dans le Truvada un « nouvel espoir » malgré un prix élevé et des effets secondaires, pour ce qui serait « le premier traitement préventif contre le sida », avant de préciser que le traitement s’adresse « à des personnes non infectées mais qui prennent des risques et qui n’utilisent pas systématiquement le préservatif, comme les homosexuels, les couples où l’un des deux est séropositif, les prostituées et plus généralement toutes les personnes risquant d’être infectées en raison de leurs activités sexuelles ».
Et pourtant, déjà le VIH commence déjà à être résistant aux antirétroviraux (ARV) comme l’indique E-llico [37].
Dans le sillage d’ActUp, Vincent Verschoore s’exprime dans Mediapart [38], sur l’intérêt d’un traitement aussi cher qui ne « fonctionne qu’avec l’usage d’un préservatif » et qui peut laisser penser que le VIH devient une simple maladie chronique, ce qui « ne peut que mener à une recrudescence des contaminations » elles-mêmes soignée par le même Truvada. D’autant qu’« Aux États-Unis, en Espagne, au Chili, en Thaïlande, Malaisie et Afrique du Sud, ainsi que dans plusieurs pays d’Afrique et des Caraïbes, la prévalence du virus de l’immunodéficience humaine (VIH) chez les HSH est estimé à "15% ou plus" » comme le rappelle E-llico [39]. Dans Le Nouvel Obs [40], Alain Sobel, ancien chef de service à l’Hôpital Henri-Mondor et désormais consultant en immunologie clinique à l’Hôtel Dieu à Paris explique que « L’épidémie n’est donc pas encore contenue. Et comme les gens ne meurent plus, le nombre de malades à traiter augmente. Pour y mettre un terme, nous avons plusieurs défis à relever : traiter plus de monde, valider l’hypothèse des médicaments pré-exposition sexuelle type Truvada, et dépister plus rapidement ».

Comme le dit Didier Lestrade dans Rue89, [41], « Le Truvada, le remède sida qui arrive un peu trop tôt (…) les associations sont elles-mêmes divisées et surtout, elles ne sont pas parvenues à un consensus clair qui puisse être expliqué aux nombreuses personnes (séropositives ou non) qui se demandent si la commercialisation du Truvada est un « game changer », quelque chose qui modifie à jamais les principes de la prévention sida traditionnelle (…) N’est-ce pas incroyablement cynique de développer des traitements pour des maladies que les gens n’ont pas encore ? ».
Le Quotidien du Médecin [42] suggère que « La place spécifique d’internet en tant que vecteur de sociabilité chez ces jeunes homosexuels ou bisexuels suggère "la nécessité d’intégrer une dimension en ligne des programmes de prévention" ». E-llico  [43] explique que l’association Warning demande la légalisation des autotests VIH en France et leur remboursement.

Dans ce contexte incertain, on peut par exemple lire dans Chrétienté [44], des propos clairement crétins et homophobes « Le comportement homosexuel masculin se caractérisant par la pratique de la sodomie, qui viole un orifice que la nature n’a pas conçu pour cet usage, et par une activité sexuelle souvent importante et instable, ajouté à d’autres prises de risques comme l’usage de drogues ou des conditions sordides, l’interdiction de pouvoir donner leur sang paraissait scientifiquement démontrée ».

Pourtant « Criminaliser les homosexuels entrave la lutte mondiale contre le sida » titre Romandie [45] le 9 juillet, il n’y a donc
aucun intérêt donc à tenir des propos homophobes, ou à rechercher le patient zéro, « Celui par qui le VIH arriva... » comme dans cet historique du Monde [46], mais plutôt des miraculés [47], des témoins qui racontent le sida comme ceux du documentaire « We were here », dans lequel on peut déjà se souvenir que « les gays ont servi de cobayes dans les essais thérapeutiques qui ont prouvé que le sida pouvait être éradiqué. » comme nous le raconte Didier Lestrade pour Slate  [48].


l’idée sous-jacente que les HSH sont des irresponsables, selon les statistiques et leurs commentateurs.


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Notes et bibliographie :



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