« Sortir du placard : la peur de tout perdre » titre très justement La Presse [1], qui résume parfaitement l’enjeu de tout sportif professionnel qui souhaite se révéler, à travers la réaction de « Pascal Clément, entraîneur-chef de l’équipe de volleyball masculin du Rouge et Or et ouvertement gai », devant la révélation très médiatique de Jason Collins, joueur de la NBA [2]. Clément salue « la maturité et la confiance personnelle qui lui ont été nécessaires pour prendre la parole sans avoir peur de perdre. Parce que voilà le principal enjeu d’un coming out d’athlète : la peur de tout perdre. Choisir entre la carrière, les opportunités professionnelles ou bien vivre dans la vérité. ». C’était hier en 2013.
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Pourtant, Yagg [3] montre que la joueuse Brittney Griner n’hésite pas à se montrer en couple avec une femme sur twitter. Derrick Gordon lui aussi, « est devenu le premier sportif universitaire américain a annoncer publiquement son homosexualité » pour 20 Minutes [4] et Pure People [5], « "C’était une torture. Je faisais semblant, simulant ma vie, prétendant être quelqu’un que je ne suis pas. C’est comme porter un masque parce que tout le monde portait ce masque. Maintenant que je l’ai retiré, les gens peuvent enfin voir qui je suis vraiment." »
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« Le monde sportif français peut-il accepter un Jason Collins ? » se demande TV5 [6]. Quand on voit les conséquences de la rumeur sur Yohan Gourcuff [7] par exemple, on ne peut qu’en douter.
Pourtant « L’homosexualité dans le sport, un secret de Polichinelle » titre Radio-Canada [8]. Huit joueurs de football auraient suivi l’exemple de Collins : « Des joueurs de Premier League auraient fait part de leur orientation sexuelle à leurs clubs et leurs partenaires. Ils souhaiteraient néanmoins garder l’anonymat par crainte de la réaction des supporteurs », et de Rick Welts, président des Suns de Phoenix, deux ans plus tôt [9].
Plus tard c’est Michael Sam, qui « devient le premier joueur ouvertement homosexuel en NFL, après avoir rejoint la ligue professionnelle de football américain sous les couleurs des St Louis Rams » a suivi RTL [10], « Il a appris la nouvelle aux côtés de son compagnon qu’il a embrassé en direct sur la chaîne de télévision ESPN ». Info reprise par Libération [11], Arcinfo [12], Paris Match [13], Le Matin [14], Terrafemina [15], Yagg [16] qui nous montre le baiser.
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Plus tard, « ESPN a retiré la scène du baiser du reportage », Rue89 [17] copie l’avis de Slate [18] « Ces réactions posent une question intéressante : est-il possible de soutenir les droits des homosexuels tout en étant dégoûtés par eux ? D’un point de vue rationnel, être embarrassé par un baiser entre personnes du même sexe semble trahir une sorte d’homophobie soft. ». Slate titre d’ailleurs « Les gays doivent s’embrasser plus en public, beaucoup plus ». Et voici donc ce moment de bonheur :
Michael Sam reçoit un énorme soutien, de la part d’Oprah Winfrey. La puissante femme de télévision produit une émission qui « suivra le nouveau joueur des Rams de Saint-Louis dans son quotidien, et notamment ses premiers pas au sein de sa nouvelle équipe. Et selon le site américain, les équipes de tournage auraient déjà débuté leur boulot » selon PurePeople [19].
Mais les réactions interviennent quelques semaines plus tard, Europe 1 [20] évoque « Un lobby évangéliste pousse pour que Michael Sam, premier joueur ouvertement homosexuel de NFL, soit boycotté. ». Ce puissant lobby appelle à boycotter les matchs de l’équipe mais aussi les sponsors, parce que dans leur délire « Les joueurs de football américain ouvertement gays envoient un message immoral à notre jeunesse. Quelqu’un doit s’élever contre cela car la morale de notre nation est en train de se déliter ».
Et finalement Pure People [21] annonce la mauvaise nouvelle, l’émission est annulée par TMZ, au prétexte tenu par le club que « ce genre d’émission serait une grosse distraction pour le joueur ».
En Juillet 2014, Michael Sam a reçu « le très prestigieux Arthur Ashe Award. Ce prix, qui porte le nom du fameux tennisman qui avait lutté contre l’apartheid et contre le sida au début des années 80, est remis chaque année lors de la cérémonie des ESPY Awards et récompense une personnalité qui a mis sa notoriété au service des droits humains » ajoute Yagg [22].
Et le couperet tombe fin août, « Sam, premier joueur gay, est libre » selon l’euphémisme utilisé par Sport.fr [23], le club des Rams ne souhaite plus le recruter, ni aucun autre selon 1001 Sports [24]. Seule une équipe texane lui a proposé un poste de réserve ajoute E-llico [25].
Dans le sillage de Sam, c’est Ian Thorpe, champion australien de natation, qui s’est lui aussi, après avoir mis fin à sa carrière, livré à Channel 10, en répondant à la question « "Vous avez toujours affirmé que vous n’étiez pas gay. Est-ce que c’est vrai ?" Après avoir cherché ses mots brièvement, Ian Thorpe a enfin décidé de se dévoiler : "Cela fait longtemps que j’y réfléchis... Je ne suis pas hétérosexuel. Ce n’est que très récemment, au cours des deux dernières semaines, que j’ai décidé d’en parler avec mes proches." » rapportent TF1 [26], Le Figaro [27], Libération [28], Public [29], Nilmirum [30], Le Midi Libre [31], Welikeit [32], Le Parisien [33], RTL [34], 20 Minutes [35], qui reprend le commentaire de Matthew Mitcham : « Nous avons besoin d’athlètes gay très célèbres pour prouver que les stéréotypes sont faux. Thorpe est aussi célèbre qu’on peut l’être ».
Le nageur a par la suite été porte-drapeau « de la cérémonie d’ouverture des Jeux du Commonwealth », un symbole important tant « la situation des homosexuels dans les pays qui composent cet ensemble sur lequel règne la reine Elisabeth II » peut-être problématique, nous informe E-llico [36]. Le Monde [37] choisit de mettre la photo d’un moment important de cette cérémonie, « l’acteur John Barrowman a très publiquement embrassé un des danseurs présents sur scène », devant près d’un milliards de téléspectateurs.
L’enjeu est très important dans l’empire, car « L’immense majorité de l’ancien empire britannique, qui regroupe 2,2 milliards d’habitants, continue à considérer qu’une relation avec une personne du même sexe est un crime. Dans certaines provinces du nord du Nigeria , c’est passible de peine de mort. Dans onze pays, le « crime » est puni de peines de prison. Cette année, l’Ouganda a passé une nouvelle loi draconienne interdisant à deux partenaires du même sexe de se tenir la main en public, et condamnant à la prison à perpétuité les mariages homosexuels. Un enseignant qui parle de l’homosexualité peut même perdre son emploi ».
E-llico [38] a noté qu’« en plongeon synchronisée hommes, l’Australien Matthew Mitcham a remporté une médaille d’or, tandis que le plongeur anglais Tom Daley gagnait une médaille d’argent ».
Puis côté Baseball « Dale Scott est devenu le premier arbitre du baseball majeur à révéler publiquement son homosexualité » selon Canoe [39].
Côté rugby, Europe 1 [40] annonce « que Sydney a été désignée vendredi ville-hôte du prochain Mondial "gay" de rugby en 2014 ». Metro [41] donne plus d’infos sur cette compétition biennale, « "Sous bien des aspects, la Bingham Cup est bien plus qu’un tournoi de rugby, a déclaré Eales. C’est une démonstration importante de respect mutuel et de diversité, des valeurs qui ont toujours fait partie du rugby." Le Mondial, dont il s’agira de la 7e édition, a été baptisé "Bingham Cup" en mémoire de Mark Bingham, un rugbyman américain homosexuel ».
Dans le milieu de la boxe, c’est Evander Holyfield qui lâche une tirade homophobe reprise par AfricaTopSport [42] et 7sur7 [43] « Entre être gay et handicapé, il n’y a aucune différence parce qu’un médecin peut le soigner. Si vous êtes né avec une malformation à la jambe, vous faites quoi ? Vous allez chez le médecin et vous vous faites soigner. Je veux dire par là : sait-on comment naissent les personnes handicapées ? Non, on n’en sait rien. Elles sont nées comme ça ».
Les Jeux Olympique à Sotchi :
Yagg [44] soulève une question : « l’absence du président de la République d’Allemagne lors de la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Sotchi, la question est sur toutes les lèvres : Joachim Gauck boycotte-il les JO russes », ce qui semble être la position de Der Spiegel [45]. Information immédiatement minimisée par le secrétaire général du Comité olympique allemand, Michael Vesper, « ce n’est pas parce qu’une personne ne se rend pas quelque part qu’il s’agit d’un boycott. À notre connaissance, il n’a jamais été question que M. Gauck se rende à Sotchi. ».
L’affaire n’est pas close, et c’est « l’ancienne championne de tennis Martina Navratilova - ouvertement lesbienne - a critiqué mardi la passivité dont fait preuve selon elle le Comité international olympique (CIO) sur la question du droit des homosexuels en vue des jeux Olympiques de Sotchi » rapporte E-llico [46]. La championne voit plus grand : « Elle a souligné par ailleurs que le Qatar, où doit avoir lieu la Coupe du monde de football en 2022, a une législation "qui punit de prison les activités homosexuelles". Mais, a-t-elle ajouté, "nous devons aussi balayer devant notre porte" car dans 29 Etats des Etats-Unis "il est légal de licencier quelqu’un parce qu’il est homosexuel". ». Slate [47] en profite pour faire un rétro sur l’outing de la championne en 1982, et le Huffington Post [48] annonce son mariage.
Yannick Cochennec choisit de retracer, pour Slate [49], « L’histoire tragique du patinage masculin frappé par le sida », parce qu’« Il n’est pas inutile de s’en souvenir à l’occasion des Jeux de Sotchi de Vladimir Poutine ». Ainsi sont cités Ondrej Nepela, John Curry, Rob McCall, Johnny Weir, Brian Boitano, Brian Orser ou Ondrej Nepela.
Felix Neureuther, athlète gay allemand en slalom, s’est lui aussi exprimé contre la loi russe interdisant la « propagande homosexuelle » pour Reuters et Rue89 [50] : « J’ai dit que je m’inquiétais de la situation des droits de l’homme en Russie, que tout n’était pas normal et que le CIO devrait réfléchir à qui ils confient l’organisation des Jeux. Ce n’est pas normal que les Jeux olympiques aillent à l’endroit où il y a le plus d’argent. La priorité devrait être le sport et l’émotion des spectateurs lorsqu’ils assistent aux épreuves. Que les JO se passent à Sotchi ou Pyeongchang (en Corée du Sud, en 2018) ou la Coupe du monde de football au Qatar (en 2022) n’est pas bon pour le sport. ».
Alors comment faire pour soutenir les Queers russes tout en participant aux jeux de Sotchi ? En suivant l’exemple raconté par Yagg [51], comme « les équipes australiennes de bobsleigh, qui arboreront le logo Principle 6 quand elles s’élanceront sur les pistes à Sotchi – si elles se qualifient. Elles se sont associées à la campagne du même nom menée par Athlete Ally et All Out, qui défend l’article de la Charte olympique concernant le respect et la non- discrimination : "Toute forme de discrimination à l’égard d’un pays ou d’une personne fondée sur des considérations de race, de religion, de politique, de sexe ou autres est incompatible avec l’appartenance au Mouvement olympique." »
Toujours le meilleur pour la fin, sur la planète foot :
Football365 [52] l’admet lui-même, (via dépêche) « le football est un monde plutôt machiste et misogyne. Pas facile dans ces conditions pour un joueur professionnel de révéler son homosexualité en pleine activité. Souvent, l’intéressé préfère attendre sa fin de carrière pour faire son coming out. C’est exactement le choix opéré par Thomas Hitzlsperger ». L’ex-international s’est révélé dans un entretien au magazine Die Zeit [53] : « Je déclare mon homosexualité parce que je veux faire avancer la question de l’homosexualité dans le monde du sport professionnel ». Info reprise par Le Matin [54], Football.fr [55], le Huffington Post [56], Têtu [57], Sport.fr [58], Spacefoot [59], Chronofoot [60], Youngmag [61].
Après cette grande couverture médiatique, en tout cas dans la presse du foot, RTL [62] rapporte que les commentaires en Allemagne sont plutôt positifs, par exemple par les joueurs Arjen Robben, Holger Badstuber ou Lukas Podolski.
Audrey Kucinskas se demande dans Le Nouvel Obs [63] « Coming out de Thomas Hitzlsperger : toutes les stars gays doivent-elles l’imiter ? ». D’un côté elle répond par « Avec cette polémique concernant le mariage pour tous, je suis heureux que des célébrités de tous les sports et milieux montrent au monde entier qu’être gay n’est pas une maladie ni une honte », pour ensuite écrire « Moi, je m’en fiche comme de l’an 40. Pourquoi est-ce que les stars devraient nous raconter leur vie sexuelle, franchement ? ».
Combien de temps va-t-il falloir expliquer que non, ce n’est pas raconter sa vie sexuelle que de se révéler LGBT ??
Dans L’Olympique Lyonnais [64], T.P. demande « Le football français est-il homophobe ? ». Et pour y répondre, il ou elle commence par essayer de décrédibiliser le travail de Paris Foot Gay, puis d’oser la victimisation « Si on pense que tous ceux qui ont traité un autre de "pédé" sont homophobes, on n’est pas prêt d’avancer, d’autant que pendant ce combat très peu utile, la vraie homophobie demeure présente. » Effectivement, avec ce genre d’argument qui banalise l’homophobie ordinaire, on n’est évidemment pas prêts d’avancer. D’autant que le club est régulièrement « victime de menaces homophobes » informe Yagg [65].
En réaction au travail de Paris Foot Gay, Olivier Royer s’exprime dans 20 minutes [66] : il est présenté comme « Ancien joueur de Nancy, sélectionné 17 fois en équipe de France, Olivier Rouyer (57 ans), est le seul footballeur français à avoir dévoilé son homosexualité au grand-public. C’était en 2008, mais le consultant de Canal est toujours le seul à l’avoir fait », ce qui est vrai si on ne compte pas Yoann Lemaire qui était joueur amateur [67] [68].
Royer essaye de trouver des explications à l’homophobie banalisée par les joueurs « Les éducateurs ont du boulot. Il faut leur faire comprendre qu’il faut peut-être être sévère quand on entend des propos homophobes. Sans doute qu’ils ne sont pas prêts à ça. C’est difficile pour eux car ils ne sont pas forcément très ouverts pour aller parler de ça avec les gamins. Il faut les préparer à ça (…) Un peu facile de pointer du doigt les éducateurs de cette façon, mais Royer ajoute " Comment peut-on avoir peur de prendre sa douche quand on sait que son pote est homo ? Mais c’est débile ! C’est pas possible qu’on puisse encore penser comme ça. On peut pas être con à ce point-là, c’est dramatique. Mais c’est tellement ancré dans les têtes… C’est un manque de discernement, d’éducation" ».
Voilà on y est, la connerie vient toujours d’un manque d’éducation ?
Alors parents, faîtes votre boulot !
Mais il ne suffit pas de constamment remettre les avancées sociétales sur les épaules des jeunes. La part des adultes est à prendre car il n’y a pas d’âge pour apprendre et comprendre.
Par exemple, quand le joueur hétéro irlandais Cathal McCarron « est la cible d’insultes homophobes depuis qu’une séquence qu’il avait réalisée pour un site gay est tombée entre les mains des supporters de son club » selon 360 [69], il doit fermer ses comptes sur les applis de réseaux face à la vague homophobe qu’il a subi.
Emmanuelle Steels explique dans Libération [70] comment la Fifa ferme les yeux volontairement sur les comportements homophobes des clubs mexicains : « Et la presse souligne que si la Fifa fait l’autruche, c’est sans doute pour ne pas entrer en contradiction avec l’attribution des deux prochaines Coupes du monde à des pays officiellement homophobes : la Russie et le Qatar. »
Du côté du gouvernement français, au moment ou Najat Vallaud-Belkacem succède à Valérie Fourneyron au ministère de la Jeunesse et des Sports, Yagg [71] donne la parole à Christelle Foucault, présidente de la FSGL, qui « se montre assez sévère. "On a l’impression d’avoir fait un pas en arrière par rapport à ce qui avait été fait avec Chantal Jouanno (une des prédécesseurs de Valérie Fourneyron)." "Le comité de lutte contre les discriminations, créé par Madame Jouanno, où la FSGL siégeait, a disparu et a été remplacé par le Conseil National du Sport, explique Christelle Foucault. Le milieu associatif n’y est pas représenté. Nous devions assister à un groupe de travail, mais ce dernier ne s’est jamais réuni." »
Pourtant, des signes encourageants existent
Comme par exemple celui qu’Ozap [72] montre, un visuel sympathique de TF1 parmi les 3 créés pour la coupe du monde 2014 dont la chaine a acheté les droits,
« C’est le moment d’aimer les garçons », un visuel, qui au moment des manifestations honteuses de LMPT, aurait mérité une audience plus large que la presse féminine. « La chaîne devient pour l’occasion "gay-friendly" » pour Le Figaro [73].
Mais aussi RainbowLaces, expliquée par Pure People [74] « Afin d’éduquer les joueurs et les supporters à apprendre les valeurs basiques de respect, de tolérance et d’égalité, l’association britannique Stonewall (...) a lancé une nouvelle campagne intitulée Rainbowlaces » à laquelle s’est associée l’équipe des Gunners d’Arsenal, et notamment le joueur français Olivier Giroud, qui a joue avec humour sur son titre 2014 de « Footballeur le plus sexy du Mondial devant Cristiano Ronaldo » [75], dans un clip promotionnel de tolérance [76] sur le thème « Je ne peux pas changer qui je suis mais je peux changer les règles pour dégager l’homophobie du football ».
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