Non, ce n’était pas une blague, l’homme qui « après avoir quelque peu dépoussiéré le Vatican » a reçu les honneurs du magazine gay américain The Advocate, n’est autre que le pape François. C’est Gentside [1] qui nous explique qu’« au moment de décider de qui était la personne la plus influentes de 2013 dans la vie des gens de la communauté LGBT (Lesbienne, gay, bi et transsexuel), le choix a été évident » pour la rédaction de The Advocate. La raison en serait que le pape a déclaré « Si une personne est homosexuelle, cherche Dieu et est de bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? Le catéchisme de l’Eglise catholique explique si bien cela. On ne doit pas marginaliser ces personnes, qui doivent être intégrées à la société ». Certes, « Ce message de tolérance énoncé par le dirigeant de 1,2 milliard de fidèles catholiques dans le monde » est plutôt positif, mais pour autant, mérite-il ces honneurs ?

Parce que la ligne officielle pontificale adopte un double discours.
Paris Match [2] a d’ailleurs très bien retenu que pour le souverain pontif « Le problème n’est pas d’avoir cette orientation. Il nous faut être des frères. Le problème est de faire pression en faveur de cette orientation ou les lobbies de gens cupides, les lobbies politiques, les lobbies maçoniques, il existe tant de lobbies. C’est cela le pire des problèmes ». Après cette campagne médiatique sur le chef de l’église catholique, « Le Vatican déplore l’interprétation par les médias de la position du pape sur l’homosexualité » titre E-llico [3]. En effet,« Le Vatican a déploré lundi l’interprétation, selon lui erronée et tendancieuse, des propos du pape touchant la question de l’homosexualité que de nombreux médias présentent comme une ouverture et une rupture avec le passé ».
Le Monde [4] avait retenu que sur l’essentiel « le mariage gay et sur l’avortement, auxquels l’Eglise est fermement opposée, le pape a répondu : "Vous savez parfaitement la position de l’Eglise." ».
Effectivement, pour « Monseigneur Léonard : "Le mariage gay ? Une connerie !" » rapporte DHNet [5], et pour le cardinal de Paris c’est dans la même veine : « "Laisser croire que la PMA ou la GPA peuvent se substituer à l’amour personnel des parents est un risque grave qui fait insensiblement de l’enfant un objet de consommation et de la femme une prestataire de service marchandisé. Ce serait une atteinte directe au respect des droits de l’homme", a encore estimé le cardinal Vingt-Trois » rapporte E-llico [6], mais d’autres voix s’opposent à ces discours réactionnaires et insultants : « L’évêque d’Anvers Johan Bonny plaide pour que l’Eglise adopte une attitude plus ouverte à l’égard de l’homosexualité, de la fécondation in- vitro et des divorcés remariés dans une lettre adressée au Vatican » 7 sur 7 [7].
Au moment où le Vatican ourdirait un système de promotion des gardes suisses, considérés comme des « call-boys » selon 360 [8], d’après le témoignage d’« un ancien gendarme du Vatican déballe sur son expérience du « lobby gay » au sein de la cité romaine », qui impliquerait des gens « de très haut rang ». C’est 20 Minutes [9] qui trouve les mots justes pour ce qui est tout simplement du « harcèlement ». Le Matin [10] reprend aussi l’information de ce « paradis pour gays ».
Alors que « De nombreux historiens s’accordent pour dire que les peintres Michel-Ange, Léonard de Vinci et peut être Le Caravage étaient homosexuels. Les musées du Vatican regorgent de leurs oeuvres et une agence de voyage propose désormais des visites qui évoquent ouvertement l’homosexualité de ces artistes » selon un article du Guardian repris par Slate [11]. Il faut bien voir que Michael-Ange s’est fait plaisir sur la chapelle Sixtine, qu’il a couvert de corps d’hommes nus. Autrefois ces corps trop dénudés étaient recouverts de vêtements repeints après la mort de l’artiste. Quelques siècles de dogme plus tard, « Le chef du premier diocèse de Suisse avait préconisé d’exclure de la communion les homosexuels, les divorcés, les couples vivant en concubinage et ceux utilisant des moyens de contraception. A la messe, ces paroissiens "vivant dans le péché" devraient, selon lui, se présenter au prêtre les bras croisés, afin de recevoir une simple bénédiction au lieu de l’hostie » nous informe 360 [12]. Pas mieux en Espagne, où le futur cardinal espagnol Fernando Sebastian, « un proche du pape » pour Le Figaro [13], qui a déclaré : « Avec tout mon respect, je dis que l’homosexualité est une forme déficiente d’exprimer sa sexualité, parce qu’elle a une structure et un objectif qui est la procréation (…) Montrer à un homosexuel une déficience n’est pas une offense, c’est une aide car de nombreux cas d’homosexualité sont récupérables et soignables avec un traitement adéquat ». Et pendant que « Les évangélistes [américains] exercent une forte influence en Ouganda qui se traduit par des idées haineuses et des théories du complot farfelu » pour Slate Afrique [14], « Les archevêques de Canterbury et de York ont adressé un courrier aux présidents nigérian et ougandais condamnant les lois pénalisant l’homosexualité dans leurs pays respectifs » selon la BBC [15].
C’est dans ce « climat de tensions » que « Le Pape ouvre un synode historique sur les évolutions du mariage » au moment où « un congrès mondial des homosexuels catholiques s’ouvre lundi pour trois jours à Portimao, dans le sud du Portugal » explique France 24 [16]. « Le point d’orgue du rassemblement sera la "création d’une organisation mondiale des associations représentant les homosexuels catholiques", a expliqué José Leote, président de Rumos Novos et organisateur du congrès » ajoute 7sur7 [17].
Du côté du Synode, Le Nouvel Obs [18] voit le verre à moitié plein : « "Sans nier les problématiques morales liées aux unions homosexuelles, on prend acte qu’il existe des cas où le soutien réciproque jusqu’au sacrifice constitue une aide précieuse pour la vie des partenaires", ajoute-t-il, dans ce qui apparaît comme la première reconnaissance de l’Eglise du caractère potentiellement positif d’une union durable entre personnes de même sexe ».
Le JT de France 2 du 14 octobre partage l’enthousiasme des premières conclusions du synode :
Pour France24 [19] « le texte encore provisoire ne modifiera ni la condamnation de l’acte homosexuel, ni le refus de l’Eglise de reconnaître le mariage entre personnes du même sexe ». Dans La Libre [20] « La députée PS Karine Lalieux a dénoncé mercredi une nouvelle attaque "réactionnaire" de Monseigneur Léonard qui a fait écho à des critiques d’une partie de l’épiscopat extra-européen contre les agences de l’ONU qui imposeraient leurs vues, via une "sorte de dictature idéologique", en ce qui concerne la contraception, l’avortement ou le mariage homosexuel. Il s’agit d’une nouvelle attaque contre "les droits essentiels des femmes à pouvoir choisir de donner la vie ou non, d’avoir des enfants, et contre le mariage homosexuel et le choix de pouvoir vivre son orientation sexuelle", a réagi la députée ».
Pour Le Parisien [21], « les coulisses d’un synode historique » via les témoignages des évêques français présents : « Tout le monde repartira content. Le document intermédiaire a été beaucoup retravaillé par les groupes, les boulons vont être resserrés. Des phrases avaient été formulées à la hâte. Ce synode-là ne prend pas de décision, il prépare le terrain pour le synode de l’année prochaine » commente l’ancienne présidente de l’association Espérance et Vie.
Pour France 2 le soir du 18 octobre, le bilan est positif avec 60 motions adoptées sur 62.
L’ambivalence de l’internationale catholique peut se résumer ainsi : « Le cardinal autrichien Christoph Schönborn a confié jeudi son estime pour deux homosexuels catholiques vivant en couple, tout en soulignant qu’en tant que religieux il n’approuvait pas ce genre de relation » dans 7sur7 [22].
Le pape François aura au moins « pu lancer le débat » selon l’avis de France 3 :
Est-ce que le Time et The Advocate ont eu raison de considérer le pape comme homme de l’année pour si peu ?
Oui, car l’homme de l’année 2013, poussé par la presse, lui qui va beaucoup à la rencontre des gens, a une influence qualifiée en ces termes par Le Figaro [23] : « La puissance de son témoignage est d’ailleurs la principale raison invoquée par cette revue pour justifier son choix : "Dans un laps de temps très bref, un public important, mondialisé et œcuménique, a montré son désir de le suivre" ».
C’est le début d’un effet papillon.

