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Le mariage et les antis.

Par rodmann, dimanche 2 février 2014.

L’année pendant laquelle l’Afrique du Sud célèbre son premier mariage Zoulou (Slate) [1], en France les changements prennent plus de temps. Le Figaro [2] publie une dépêche AFP qui a repéré sur le site de l’Union des organisations islamiques de France (UOIF), les propos suivants : « "Si le mariage entre deux personnes de même sexe devient une norme, alors toutes les revendications, même les plus incongrues peuvent, un jour, devenir une norme, au nom du même principe d’égalité", écrit l’organisation, proche des Frères musulmans. "Qui pourra délégitimer la zoophilie, la polyandrie, au nom du sacro-saint amour ?", poursuit-elle. ». Le quotidien ne prend même pas la peine de faire le moindre commentaire à ces propos homophobes.

Je n’ai pas trouvé de réponse à l’argument sur la polyandrie, par contre, une deuxième dépêche AFP, reprise par le même Figaro [3], expose une contradiction de la part de la porte-parole du gouvernement « "Les propos de l’UOIF sont évidemment un dérapage, une violence langagière terrible pour les principaux intéressés mais pas seulement, pour la société tout entière", a déclaré Naja Vallaud-Belkacem sur BFMTV/RMC ».

C’est en janvier 2013 qu’une vraie réponse pleine de sarcasme, de Frédéric Joignot, paraît dans Le Monde [4]. L’auteur élargit le débat aux confrères religieux : « Ainsi, le cardinal Philippe Barbarin, archevêque de Lyon, a déclaré sur RTL que l’autoriser ouvrait la voie à la pratique de l’inceste. « Après, ça a des quantités de conséquences qui sont innombrables. Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera » (…) lourd questionnement chez l’humaniste Éric Zemmour, grand défenseur de la paix sociale, qui, reprenant avec vigueur l’argument de Frères Musulmans, a expliqué que le mariage gay se justifiant au nom de "l’amour", il sera demain possible d’envisager l’union d’un père et d’une fille, ou beaucoup plus : "Pourquoi ensuite interdire le mariage entre un frère et une sœur, des mariages à trois, quatre personnes qui s’aiment." »

Joignot ajoute que « ces éditorialistes développaient la ligne fixée par leur Président-Directeur Général, Serge Dassaut, propriétaire du Figaro, un jeune homme de 87 ans qui rappelait le 8 novembre sur France Culture combien l’homosexualité est pernicieuse et galopante : "On va avoir un pays d’homos. Eh bien, alors, dans dix ans, il n’y a plus personne. C’est stupide !" »

Mais au delà du mariage ouvert aux couples de même sexe, c’est l’adoption, la filiation, qui mobilise l’opposition des élus de Droite, poussés par les catholiques franciliens. Contre « le mariage pour tous », ils créent une « Manif pour tous » :

Selon La Clau [5] « Le nombre officiel de manifestants contre le projet de loi sur le mariage homosexuel, à l’occasion de la "Manif pour tous" organisée le 13 janvier à Paris, est contesté par le sénateur UMP des Pyrénées-Orientales, François Calvet. Dans une question écrite au ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, le maire du Soler exige une explication sur la différence entre les chiffres d’Etat et la réalité "objectivement constatable". » D’après lui, 750 000 personnes auraient été présentes au Champ-de-Mars plutôt que les 340 000 annoncés.

Toute la Droite semble se trouver des points communs, dans Le Nouvel Observateur [6] « le ton est donné : on parlera GPA, tant pis pour l’article premier. La position de la droite pourrait être résumée par cette phrase aux allures de slogan lancée depuis la tribune par le député de la Manche Philippe Gosselin : "Mariage plus adoption égal PMA plus GPA". Une traduction qui fait immédiatement bondir la gauche : "mensonge !", crie-t-elle. (…) Et quand la députée du Front national Marion Maréchal Le Pen estime que "la Garde des Sceaux a brulé les étapes" et fait de la GPA une "conséquence inéluctable" du mariage, son intervention est applaudie par quelques députés UMP. Jacques Myard en tête. »

Les débats sont houleux, le président de la République François Hollande a un moment de faiblesse, ou de lâcheté, sur une possible clause de conscience, qui affaiblit la position de sa majorité :

E-llico [7] relève que « Guillaume Larrivé (UMP) a cité les propos de François Hollande, qui avait reconnu la "liberté de conscience" aux maires, au Congrès des maires de novembre. "Quelle est la traduction législative de cette déclaration du chef de l’Etat ?", a-t-il demandé au gouvernement. (…) La ministre de la Justice, Christiane Taubira, a affirmé que la clause de conscience heurterait des "principes constitutionnels" comme "la neutralité du service public" et "la liberté du mariage". "Je réponds en droit et pas en polémique", a-t-elle dit. "Cette loi s’impose aux officiers d’état civil", a-t-elle insisté. ».

Dans Sud Ouest [8] le député PS de la Gironde et président du conseil régional d’Aquitaine, Alain Rousset « n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet du mariage pour tous, ce jeudi matin à l’occasion de ses voeux à la presse. "Le mariage pour tous, ce n’est pas un problème", s’est-il contenté de déclarer. Invité à en dire un peu plus, Alain Rousset s’est retranché derrière "la clause de conscience" avant de préciser qu’à ses yeux, l’adoption et la procréation médicale assistée réclamaient un vrai débat de société. »

« Comme s’ils étaient conditionnés par un réflexe pavlovien, les députés de l’opposition continuent à n’avoir que deux sigles à la bouche : PMA (procréation médicalement assistée) et GPA (gestation pour autrui) reviennent sans cesse sur le tapis, quoique leur rapport avec la liberté de conscience ne soit pas franchement évident » s’agace le Nouvel Observateur [9].

Jour de vote. ActUp [10], Atlantico [11], Le Nouvel Observateur [12] et le Midi Libre [13] annoncent que « L’Assemblée nationale a également refusé que des maires et leur adjoints puissent refuser de célébrer des mariages au nom d’une "clause de conscience". Par 244 voix contre 101, les députés ont rejeté quelque 90 amendements de l’opposition, proposant en termes identiques qu’un "officier de l’état civil peut refuser de célébrer un mariage" et que si aucun autre de sa commune ne veut le faire, le procureur de la République "en désigne alors un d’office". »
Pendant les débats parlementaires, « Des dizaines de rassemblements étaient prévus dans toute la France par le collectif "La Manif pour tous", dont la figure de proue Frigide Barjot a déclaré aux manifestants sur l’esplanade des Invalides, à quelques dizaines de mètres de l’Assemblée : "Nous sommes là pour libérer nos députés" ».

Pendant que le « 1er salon du mariage gay » est déjà annoncé par Tout Paris [14], et Têtu [15], (et malheureusement 100% gay [16]), François Hollande accélère le passage à l’Assemblée du texte d’un mois. « Hollande veut du sang, il en aura ! Tout le monde est furieux. Nous vivons dans une dictature", s’est emportée Frigide Barjot, au bord des larmes, vendredi 12 avril » raconte Le HuffPost avec AFP [17], « De son côté, le chef de file des députés UMP, Christian Jacob, a estimé que "le président de la République prend le risque d’une confrontation violente avec les Français" ». La députée Christine Boutin, pas toujours prête à aimer son prochain, pencherait plutôt pour une guerre civile sur son compte Twitter :

La Droite, semble « débordée par la radicalisation du mouvement, prise de court par le gouvernement qui a avancé l’examen du texte d’un mois et demi, le droite mise désormais tout sur une éventuelle censure de la loi par le Conseil constitutionnel » pour Mediapart [18].

Côté majorité, Bruno Leroux le chef de file des députés socialistes explique la stratégie des opposants : « Le débat démocratique a eu tout le temps nécessaire pour s’exprimer. Il a duré six mois et a occupé les deux assemblées pendant plus de 100 heures chacune. Mais les opposants à cette réforme ont dénaturé depuis plusieurs semaines ce débat démocratique en choisissant la stratégie du blocage, de l’intimidation et, hélas, parfois de la violence : confrontations organisées avec la police, opérations commandos contre les réunions publiques des défenseurs du texte, augmentation des agressions homophobes... ».

Tous les moyens semblent utilisables dans cet affrontement, même franchir les barrières de la vie privée pour chercher des justifications dont le poids affectif pèserait plus lourd. Ainsi, les diatribes pour ou contre l’ouverture du mariage digressent invariablement vers la filiation, via l’adoption, la GPA, la PMA etc.
En effet, « Les politiques s’épanchent » pour Le Nouvel Obs [19]. Henri Guaino par exemple, évoque « Les deux femmes qui m’ont élevé m’ont aimé sans compter » (sa mère et sa grand-mère), Catherine Lemorton ses deux filles issues d’un « don de gamètes », et Sylviane Alaux qui « lui emboîte le pas, n’hésitant pas à brandir dans l’hémicycle l’homosexualité de son fils », puis Yves Nicolin « ma femme et moi avons eu la chance de pouvoir adopter et fonder une famille avec trois enfants ». Gérard Filoche, venu « en aide à un couple d’amies lesbiennes » dans un rôle fécondant, et Bertrand Delanoë évoquant une tentative d’adoption.

Heureusement, « Face aux violences homophobes de ces derniers jours et pour soutenir le projet de loi sur le mariage pour tous, les pro-égalité se rassemblent dans plusieurs villes » rappelle Yagg [20].

Dominique Bertinotti, la ministre déléguée à la Famille qui porte la loi, est « sidérée de découvrir la société française incapable d’aborder "des questions ayant trait à la sexualité sans que ça déclenche des passions" mais estime que ce débat "a fait avancer des choses qui n’ont rien à voir avec l’homosexualité" », et répond à Rue 89 [21] « qu’il ne s’agit pas d’opposer les uns aux autres. Le fait qu’il y ait de plus en plus de situations où ce ne sont pas que les liens biologiques qui prévalent dans l’éducation des enfants pose un certain nombre d’interrogations. Mais je n’ai pas de réponse toute faite. Vous avez des pères biologiques qui se sont enfuis ou qui se désintéressent de l’éducation de leurs enfants, et puis vous avez des beaux-pères qui prennent totalement en charge l’éducation. C’est un constat. Les opposants disent ce qui est bien et ce qui n’est pas bien. Ce n’est pas mon rôle. J’ai à faire le constat que notre société fait comme elle fait. Et à m’interroger sur la manière d’encadrer juridiquement la réalité ». L’entretien de la ministre à Rue 89 répond très clairement à tous les points qui posent débat.

Et le 23 avril 2013, Christiane Taubira, s’exprime dans le Huffington Post [22] titre « Le mariage civil est désormais universel » :

« En ouvrant la maison commune du mariage civil aux personnes homosexuelles, nous mettons un terme à la contestation sournoise de leur citoyenneté. Nous réaffirmons fortement leurs droits. Et dans le climat actuel, il convient de rappeler que l’égalité se traduit par l’accès de tous aux dispositifs de droit commun et aux institutions. Par l’inclusion. »

Mais pour autant, « le feuilleton continue » tempère Geoffroy Clavel dans le même journal [23]. Rien de semble les arrêter : « les anti manifesteront aux alentours de l’Assemblée nationale, et avant même le grand défilé prévu le 26 mai pour la fête de Mères, les sénateurs UMP et UDI-UC ont saisi le Conseil constitutionnel​ dès le vote du texte à l’Assemblée ».

Bien que la loi soit votée, La Manif pour tous continue de tourner dans le vide : « "C’est bien parce que je continue à vouloir le retrait de la loi, explique Frigide Barjot, que je propose une union civile car c’est le meilleur moyen de l’obtenir. On ne peut plus décemment revenir au seul pacs, la loi est passée par là, ce serait la guerre civile, alors oui à l’union des homos en mairie, non aux enfants. Si on n’est pas homophobe, quelle raison aurait-on de s’y opposer ?" Pour une "Humanité durable", elle propose, outre cette union civile, de renforcer le mariage paritaire (homme-femme) en l’inscrivant dans la Constitution, ainsi que la filiation biologique ». rapporte Le Figaro [24].

15 000 manifestants à Paris pour Europe 1 [25], entre 5 000 et 6 000 à Toulouse pour Le Parisien [26], 10 000 à Lyon, 20 000 à Marseille pour Boursorama [27], le mouvement réactionnaire s’essouffle, galaxie "catho-réac-décomplexée" comme le dit Le Nouvel Obs [28], alors que « Le président du Conseil constitutionnel Jean-Louis Debré évoquait en janvier une probable décision favorable de l’institution garante de la Constitution. » rappelle encore le Huffington Post [29].

Sud-Ouest [30] essaye d’anticiper et de répondre à « que faire si le maire refuse de célébrer l’union ? », comme certains pensent déjà le faire selon Jean-Marc Morandini [31] ou France 3 [32]. Mais si « Un maire refuse de marier des homosexuels : il risque la suspension, voire la prison » explique Pascal Jan dans Le Nouvel Obs [33], et rappelle que « quand Noël Mamère avait marié un couple homosexuel à Bègles, en 2004, il l’avait fait en contradiction avec la loi. Non seulement, le mariage avait été frappé de nullité, mais le député-maire écologiste avait été suspendu un mois de ses fonctions. »

« Hostile au mariage gay, le site "boycott pour tous" veut recenser les marques et entreprises "soutenant ou acceptant le mariage gay... pour les boycotter". A peine créé, les blogueurs abandonnent l’idée face à ce travail qu’ils jugent "impossible". » raconte Métro France [34], « après moins de 24h de fonctionnement, le petit blog "le boycott pour tous" a littéralement croulé sous la masse des mails communiquant des marques innombrables (preuves à l’appui) soutenant le mariage gay ».

Vous connaissiez les Femen, ces féministes qui montrent leurs seins et leur visage pour appuyer leurs courageuses actions militantes, et bien Sud-Ouest [35] présente une nouveauté moins courageuse, « Après Paris et des grandes villes, huit Homen (comprendre des hommes torse nu et visage masqué) ont débarqué à Pau, samedi, et manifesté quelques minutes entre le square Aragon et la place Clémenceau pour protester contre l’adoption de la loi sur le mariage homosexuel. »

« En Seine-Maritime, des maires de communes rurales annoncent ne pas vouloir célébrer des mariages homosexuels » raconte France 3 [36], mais ils passent la main aux adjoints de toute façon.

Ailleurs, « Ils ne lâchent rien. Une centaine de manifestants anti mariage homosexuel a manifesté mardi à Condé-sur-Sarthe (Orne) à l’occasion de la venue de la ministre de la Justice Christiane Taubira pour l’inauguration d’un nouveau centre pénitentiaire » relate l’Express [37] et le Nouvel Observateur [38].

Les français sont-ils en phase avec cette résistance au changement ?
Alors que « L’Irlande du Nord rejette le mariage homosexuel », annonce Le Monde, où en est-on vraiment dans l’opinion française ?
À la lecture de Yagg [39] qui titre « Seulement 29% des Français-es soutiennent les manifestations contre le mariage pour tous », on pourrait être rassurés. Puis en Mai c’est 67% des sondés par l’Ifop pour Métro qui seraient « en faveur d’un arrêt des manifestations contre la loi sur le mariage homosexuel » rapporte LCI [40].

A Rouen, on peut entendre «  "On demande la suspension de cette loi ", renchérit le porte-parole de " La Manif pour tous 76 ", qui revendique l’importance " d’avoir un père et une mère pour l’équilibre de l’enfant ". Et un anti-mariage gay d’ajouter : " Je suis persuadé que des élus refuseront de marier des couples homosexuels malgré la mise en place de cette loi" » rapportent Paris Normandie [41] et la République des Pyrénées [42]. Dans les cortèges, des pancartes qui pastichent d’autres créées par L’unicef ou LFI lèvent des indignations selon Le Nouvel Obs [43], Direct Matin [44] ou Libération [45].

Mais, Yagg [46] conclue à la lecture des réponses au sondage CSA que « La "Manif pour tous", qui se réclame régulièrement du "peuple de France", se voit opposer un démenti cinglant ». J’y vois plutôt, à l’addition des 29% de soutiens, 12% de symathisants, et 28% d’indifférents ou sans opinion, une inquiétante majorité de 69% de français plutôt pas opposés à la Manif pour tous.

Le Midi Libre [47] est allé à la rencontre des anciens, dans les Pyrénées-Orientales, où ils passent une partie de la journée dehors, à refaire le monde, on les nomme sénateurs ou parlementaires : « Moi, je suis pour le mariage gay. Et je vais vous dire : à Paris, quand il y aura une manifestation contre les curés pédophiles, je peux vous dire que j’irai !", lance Emile Taillefer ».

Cette manif pour tous est-elle vraiment un mouvement populaire spontané ?

Jérôme Hourdeaux pour Médiapart [48] relève très justement que « Au milieu de la foule, l’Américain Brian Brown semble aux anges. Officiellement, le patron de la National Organization for Mariage (NOM), la puissante association de lutte contre le mariage gay américaine, n’effectue à Paris qu’un simple voyage d’observation. ». Riposte catholique [49] confirme que sa présence n’est pas un hasard : « Brian Brown était en effet samedi 12 janvier en fin d’après-midi l’invité d’honneur du Centre Charlier de Bernard Antony, où, avec l’amie Jeanne Smits, nous avons pu présenter aux participants Brian Brown dont le court et incisif discours fut chaleureusement accueilli et applaudi… Défenseurs du mariage, de la famille et de l’enfant à naître, de tous les pays, unissons-nous ! ». Brian Brown n’est pas un débutant, en 2008, « au terme d’une campagne dans laquelle l’association aurait investi 1,8 million de dollars et durant laquelle elle se fera remarquer par l’efficacité de sa communication, notamment sur internet, la célèbre Proposition 8 [contre le mariage gay] est finalement adoptée par 52,24 % des électeurs californiens. ».
Cette association américaine qui vient pactiser avec des cathos français n’est pas le fruit du hasard populaire : « L’association est en effet très liée à quelques organisations catholiques, plus particulièrement au puissant groupuscule intégriste, l’Opus Dei. À sa création, en 2007, l’association était ainsi hébergée à Princeton dans les locaux du Witherspoon Institute, un think tank de l’Opus Dei, connu pour avoir produit des “études” sur l’homosexualité et qui menait, avant la création de NOM, le combat contre le mariage gay. Luis Tellez, membre de l’Opus Dei et président de l’Institut Witherspoon, est d’ailleurs membre du conseil d’administration de NOM ».
Et c’est l’agence OpusFidelis, spécialisée dans la communication sur internet, et dont « le PDG n’est autre que David Lejeune membre de la branche américaine de la célèbre association traditionaliste anti-avortement, la Fondation Lejeune », qui « a pris en charge l’organisation sur le web (créations de sites, de la newsletter...) d’une association baptisée Collectif pour la famille et le mariage (CFM), créée par Guillaume de Thieulloy, responsable des sites traditionalistes Nouvelles de France et Observatoire de la christianophobie, avec Béatrice Bourges , l’une des porte-parole de la Manif pour tous, et de l’ancien ministre de la défense Charles Millon. Et le président de ce CFM n’est autre que Grégoire Boucher, l’homme dont Christine Boutin affirme qu’il est l’auteur du discours prononcé en son nom le 26 mars à Washington. »
Les 4 vérités [50] confirme que le Collectif pour la Famille et le Mariage (CFM) « est la branche française de l’Organisation Internationale pour le Mariage (International Organization for Marriage), dont le siège est à la fois à Bruxelles et à Washington D.C. »

« Derrière la grande illusion de la Manif pour tous » titre Le Monde [51], Samuel Laurent révèle qu’« Un tiers des trente-sept associations co-organisatrices de la mobilisation contre le mariage homosexuel n’ont aucune existence réelle, et seules treize sont enregistrées au "Journal officiel". ». Un vrai gloubiboulga « Plus gay sans mariage et Homovox représentent des homos anti-mariage homosexuel, tandis que Les musulmans pour l’enfance ou Fils de France parlent au nom des musulmans. Et il y en a pour tout le monde : un appel des professionnels de l’enfance, une association des Jeunes pour la famille, un collectif de juristes, et même une "Association pour un nouveau féminisme européen". » dont Le Monde commente amplement la liste complète : « ces mouvements sont des coquilles vides qui n’ont aucune existence. Quant aux autres, ils sont presque tous liés à l’Eglise, soit directement, soit par les engagements de leurs responsables. ».

Il faut se rappeler que les anti-Pacs sont toujours vivants, plus de dix ans après, plus nombreux. Reprenons Frédéric Joignot du Monde [52] : « l’actuel président du RPF, Christian Vanneste, longtemps apparenté UMP, qui avait audacieusement déclaré en janvier 2005 à l’Assemblée Nationale, puis à la Voix du Nord et à Nord Éclair : " Le comportement homosexuel est une menace pour la survie de l’humanité " ». Merci à Frédéric Joignot de se souvenir « avec émotion de la grande manifestation du 7 novembre 1997 contre l’affreux PACS, appelée par le "Collectif pour le mariage", qui regroupait des députés de la droite classique (dont ce cher Nicolas Sarkozy), des militants des AFC (associations familiales proches du Front National), Christine Boutin (elle avait osé brandir la Bible en pleine Assemblée Nationale rappelant que l’Église devait imposer sa morale à la République), de nombreuses associations traditionalistes comme l’Alliance pour les droits de la vie (opposée à l’avortement quitte à multiplier les faiseuses d’ange), le Rassemblement pour les mères au foyer, Enfance et sécurité, La Mouette, et bien d’autres. Une manifestation où l’on a entendu crier "Les pédés en prison !", "Aimeriez-vous être élevés par un couple contre nature ?", "Deux papas, deux mamans, bonjour les dégâts !". »
Alain Juppé, qui était contre le PaCS en mairie [53], semble avoir évolué sur le sujet, se disant « à titre personnel favorable au mariage homosexuel mais pas à l’homoparentalité », et a rencontré les associations LGBT bordelaises, « notamment pour évoquer avec elles le moyen de lutter contre l’homophobie » selon e-llico [54].

Ce qui a changé, depuis le PaCS, est très bien expliqué par Mathias Destal et Joseph Macé-Scaron dans Marianne [55]. Pour résumer : « Radicalisée dans son opposition au mariage gay, débridée dans ses dérapages verbaux envers le pouvoir, la droite française joue les pyromanes. (…) La Manif pour tous officialisait un tournant historique et hystérique dans l’histoire politique récente de la droite française, car il s’est passé quelque chose d’inimaginable il y a encore six mois : droite et extrême droite se sont retrouvées dans le même cortège, elles ont manifesté ensemble, au même pas et parfois avec les mêmes slogans. La digue psychique avait, certes, cédé, on l’a vu, depuis longtemps. Mais, jusqu’à cette date, les responsables de l’UMP avaient mis un soin tout particulier à continuer d’entretenir une distance physique avec les ultras de la droite. Cette attitude est dépassée. (…) Durant sept ans, l’UMP a été aussi nourrie à la bouillie sarkozyste. Un brouet, mélange de coups de sang, de stigmatisation du camp adverse et de bienveillance envers la manière dont le Front national traitait certains thèmes (immigration, sécurité, identité nationale...). La digue qui s’était entrouverte pour l’élection présidentielle de 2007 n’a jamais été refermée. Pis : les derniers remblais ont été balayés avec la campagne de 2012 ».

Pour l’Orient Le Jour [56], « Une chose est sûre pourtant : l’UMP (flanquée presque honteuse du Front national) s’est jetée comme la misère sur le peuple sur les manifestations antimariage pour tous. Y voyant, intelligemment cela dit, un levier de pression particulièrement efficace, puisque détourné, contre François Hollande, son gouvernement et sa politique. »

La loi à peine votée, des effets secondaires négatifs ne tardent pas se faire sentir :

« La Russie envisage de rompre les accords d’adoption avec les pays autorisant le mariage gay » informe Le HuffPost avec AFP [57].

Laurent Fabius, « ministre des Affaires étrangères s’est déplacé en Haute-Normandie afin d’inaugurer la deuxième édition du festival "Normandie Impressionniste". Tenus à l’écart de l’événement par les forces de l’ordre, les manifestants ont brandi une banderole où était inscrit : "On veut du boulot pas du mariage homo". L’une des participante, interrogée par BFMTV, a expliqué : "On veut qu’on nous dise clairement que cette loi, c’est le mariage, c’est l’adoption (​) et la PMA et la GPA." » rapporte Le Figaro [58].

En France, « Des douilles envoyées par courrier à un maire homosexuel » titre la Dépèche [59], sur les menaces reçues par Thierry Speitel, maire de Sigolsheim. Aussi sur Atlantico [60], L’Express [61] ou RMC [62].

La premier ministre François Fillon déclare « Je suis solidaire de tous ces Français qui ont manifesté leur attachement au mariage traditionnel et je respecte ceux de mes amis qui se sont joints à eux dans la rue » rapporte le HuffPost [63]. Des manifestants font des veillées nocturnes décrites par Le Télégramme [64] ou la Nouvelle République [65].

« La bataille juridique fait rage devant le Conseil constitutionnel sur la loi instituant le mariage et l’adoption pour les couples homosexuels. La procédure est secrète, mais Le Figaro s’est procuré le texte des recours des parlementaires de la droite et du centre ainsi que la réplique du gouvernement » explique Le Figaro [66], « Les recours des députés et des sénateurs UMP et UDI, très techniques, font respectivement 31 pages et 23 pages ».
Le Nouvel Obs [67], explique les arguments de la Droite : « les parlementaires UMP et UDI mettent en garde contre "des modifications majeures de notre droit", s’agissant notamment de l’identification juridique de la "mère" et du "père", respectivement dans un couple d’hommes ou de femmes ».

Plus fort encore, les réacs saisissent le Conseil de l’Europe via l’Italien Luca Volontè, président du groupe PPE explique Le Figaro [68], parce que soit-disant « Le mouvement social de défense de la famille qui anime actuellement la France, écrit Luca Volontè, fait l’objet d’une répression croissante et inquiétante, inacceptable de la part d’un État membre du Conseil de l’Europe ». Info reprise par Metro [69], Le Monde [70], Le Nouvel Obs [71], Le Parisien [72], Atlantico [73] ou Google [74].

Fort heureusement, « Une dizaine de couples homosexuels sont déjà venus se renseigner sur le mariage auprès de la mairie de Caen » rapporte Ouest-France [75], mais « Le conseil constitutionnel, qui dispose d’un mois pour se prononcer sur la loi Taubira votée le 23 avril, bloque toute demande officielle jusqu’à sa promulgation . »

France 3 a donc été témoin du premier mariage d’un couple de même sexe, Bruno et Vincent à la mairie de Montpellier, dans une salle comble pour ce symbole social et politique, remplie de politiques, journalistes, militants : ils se sont dit oui devant les caméras du 19/20 :

France 2 était aussi au rendez-vous :



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Notes et bibliographie :



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