Trois personnages lesbiens dans un épisode de série de 1974 !! Les trois personnages lesbiens sont Gladys Conway, Janet Richards et Mame Dorn.
Elles apparaissent dans l’épisode « Flowers of Evil » de la première saison de la série « Police Woman », appelée « Sergent Anderson » pour la version française, diffusée en 1977.
La première femme est Gladys Conway, la femelle alpha : cette blonde est très intelligente, elle dirige le trio d’une main de fer, comme elle dirige son foyer pour vieilles femmes.
Puis nous avons Janet Richards, la plus féminine et sensible, qui vacille sur le fil de sa conscience entre le bien et le mal. Ce fil, est celui de l’amour qu’elle voue à Gladys.
Enfin nous avons Mame Dorn, la butch patibulaire et féroce, amante de Gladys depuis longtemps, et qui se sent menacée par la jeune et belle Janet.
Dès le début de l’épisode, pas de surprise, il commence par un meurtre. Les trois femmes, qui travaillent ensemble, nous sont présentées clairement, dans le camp du mal. Elles mentent, elle manipulent, elles volent, et, le cas échéant, elles tuent. Les vieilles résidentes du foyer sont systématiquement droguées pour les rendre plus dociles, elles deviennent des proies faciles.
L’héroïne, sergent Suzanne "Pepper" Anderson, infiltre le trio, se faisant passer pour une infirmière. Gladys l’engage pour ses fausses références, et aussi, par concupiscence. Sa présence, trouble un peu plus, le maléfique trio amoureux.
C’est par Janet, qui est le maillon faible de ce trio, la plus fragile et féminine en apparence, que Pepper va obtenir des aveux. Alors que les deux autres femmes sont interrogées par des hommes. En fait Mame aussi, de son côté, balance…
Lors d’une importante scène presque finale, Pepper ne condamne pas les amours lesbiens. Elle raconte d’ailleurs comment une femme était tombée amoureuse d’elle, à l’université, et comment elle pense qu’un tel amour puisse être douloureux. La façon dont elle raconte cette histoire, est emplie d’émotion, comme si elle avait fini en drame, elle en dit : « J’ai pu voir ce qu’un amour comme le vôtre pour faire à quelqu’un ».
Premier personnage féminin dans un rôle principal de policière, Suzanne Anderson a ouvert la voie aux Charlie’s Angels et à Cagney et Lacey ou encore Dee Dee McCall. Angie Dickinson est dans un rôle peu physique, elle incarne une femme parfaite, toujours belle, intelligente, drôle, et surtout indépendante, très à l’aise dans un milieu d’hommes. Sa féminité est la porte d’entrée de l’empathie apportée à chaque histoire. La beauté de l’actrice Angie Dickinson, qui a participé à la création du personnage, n’est pas sexualisée comme l’a été celle des Anges de Charlie par exemple. La qualité de la série, et les sujets qu’elle porte lui ont permis de gagner deux Golden Globes, deux Emmy Awards, et un People’s choice award.
Les trois lesbiennes de cet épisode ne sont pas les toutes premières à apparaître dans une série télé, mais elles sont les premières à être visibles, sans toutefois être désignées seulement comme lesbiennes ou homosexuelles. Pas de mot tabou à l’écran, pas de geste d’intimité. La toute jeune association National Gay and Lesbian Task Force, qui affronte déjà une autre puissante chaine pour un épisode de série, demande aussi des comptes à NBC sur cet épisode, qu’elle juge offensant. L’association Lesbian Feminist Liberation organise des actions militantes au siège de la chaine. Les militantes dénonce un épisode haineux. Les producteurs retouchent un peu l’épisode, mais finalement renoncent à toute rediffusion pendant au moins dix ans. Certaines chaines vont désormais, par prudence, consulter les associations LGBT sur leurs créations, avant leur diffusion.
Pour une première lgbition de lesbiennes dans une série qui fut importante du point de vue du féminisme, c’est un vrai loupé pour NBC. Non pas que ce soit mal en soit, de montrer des lesbiennes dans des rôles à représentation négative, puisque les hétéros le sont aussi, mais le faire en l’absence de tout autre modèle positif, était une véritable provocation. Les militantes et les militants ont su réagir et intervenir pour faire comprendre aux chaines de télévision que le poids de leur influence, peut peser sur des vies. Mais leur intervention n’a pas empêché, quatre ans plus tard, des lesbiennes apparaissent dans Charlie’s Angels, dans des rôles de criminelles.
Sources :
– https://archive.org/details/alternatechannel00stev
– https://etd.ohiolink.edu/acprod/odb_etd/ws/send_file/send?accession=ouhonors1399889530&disposition=inline
– https://www.researchgate.net/profile/Fred-Fejes/publication/248925436_Invisibility_homophobia_and_heterosexism_Lesbians_gays_and_the_media/links/5731eadd08aea45ee8363856/Invisibility-homophobia-and-heterosexism-Lesbians-gays-and-the-media.pdf




