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Tongues Untied est un doc de 1989, qui confronte les oppressions triangulaires de la race, de la sexualité et de l’identité au sein de la communauté américaine qui ne s’appelle pas encore « afro-américaine », au plus fort de la crise du VIH/SIDA. Marlon Riggs, qui a écrit et produit ce film, nous plonge intimement dans les complexités de ces expériences, tissant poésie, musique, récits personnels et visuels pour créer un film très viscéral. Avec la participation d’Essex Hemphill [1].
Titré « Les langues déliées », sa version française diffusée sur la chaine Planète l’a traduit par « Peut-on être noir et homosexuel aux USA ? », une sorte de sous-titre explicatif qui ne rend pas hommage à sa forme poétique.
L’une des principales forces du documentaire réside dans son affirmation, sans honte et sans vanité, des voix noires et queer. Dans une société et une époque, qui a déjà presque oublié la blacksploitation [2], le film constitue une affirmation puissante de visibilité. Il remet en question des stéréotypes, et il affirme la beauté, la diversité et l’humanité des personnes noires et LGBTIQ+.
Tongues Untied expose frontalement les problèmes de racisme et d’homophobie avec un discours assez cru, incitant les spectateurs à se confronter des vérités douloureuses, ou pour le moins inconfortables : par exemple la haine dans la communauté noire envers les gays, mais aussi le racisme dans la communauté gay envers les noirs.
Marlon T. Riggs est diplômé de l’université d’Harvard, où il a écrit la première étude sur l’homosexualité dans la poésie [3]. Il devient journaliste en Californie, où il réalise des documentaires, puis il enseigne leur fabrication. Son langage poétique, son imagerie, créent une expérience qui dépasse les conventions documentaires traditionnelles. Cette fusion de forme et de contenu invite les spectateurs à s’engager dans un militantisme solidaire.
L’impact politique du film, tant sur le plan cinématographique que social, est assimilé à une invitation révolutionnaire, et pour la première fois, un sénateur a en réaction, réussi à faire légiférer pour interdire les financement publics, pour les arts qui feraient « la promotion, la diffusion ou la production de contenus obscènes ou indécents, incluant sans la limiter l’exposition du sadomasochisme, de l’homoéroticisme, de l’exploitation des enfants, ou des individus s’engageant dans des actes sexuels, ou du contenu dénigrant les croyances des adhérents ou non-adhérents à une religion. » [4].
Ce film a bénéficié d’à peine 5 000$ de subvention, et bien que 30% des diffuseurs aient refusé de le projeter, parce qu’il montre « des hommes nus, qui s’embrassent, qui profanent, et qui parlent crument de racisme et d’homophobie » [5], il fait date dans la culture Queer.
35 ans après sa sortie, le documentaire reste aussi pertinent et vital aujourd’hui qu’à ses débuts, offrant un discours de revendications profondes pour une justice sociale LGBTIQ+ qui parle au monde entier.
En conclusion, Tongues Untied demeure un chef-d’œuvre intemporel des luttes des communautés noires et queer. Son honnêteté, son parti-pris artistique et son engagement pour une lgbition militante, parle dans une même émotion au monde d’aujourd’hui. Alors que nous aspirons à une société plus inclusive, le film reste d’une grande inspiration.
Tristement, en 1994, Marlon Riggs, qui a 37 ans, meurt des conséquences d’un SIDA [6].
en savoir plus : https://www.cinema.ucla.edu/collections/inthelife
