La mise en place de l’ouverture du mariage pour les couples de même sexe n’a pas été facile, et ses opposants ont été féroces. J’ai déjà consacré une revue de presse sur le sujet. En témoigne par exemple le 20h le Journal de France 2 du 5 mai 2013 :
« Le Conseil constitutionnel a jugé que les maires et leurs adjoints devraient bien célébrer les mariages, y compris entre couples de même sexe » annonce enfin Le Monde [1].
François Hollande a beau dire « Je n’ai pas hésité. Jamais » lors d’une conférence de presse, Yagg [2] souligne qu’en réalité on peut lui « reprocher d’avoir évoqué la liberté de conscience devant les maires en décembre 2012 » et d’avoir ajourné la question de la PMA.
En conséquence, « Quatorze maires opposés au mariage homosexuel ont annoncé, vendredi 21 février, qu’ils saisiraient lundi la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) » ajoute Le Monde [3]. Sujet déjà bien commenté aussi dans la revue de presse Le mariage et les antis..
Le jour même du premier mariage, d’un couple de même sexe, le 29 mai 2013, Bruno et Vincent à la mairie de Montpellier, dans une salle comble pour ce symbole social et politique, remplie de politiques, journalistes, et de militants, des haineux étaient présents, mais ils n’ont pas réussi à gâcher ce moment historique (extrait du 19/20) :
Qu’en pensent les Français ?
Comme le note Valeurs Actuelles [4], des mois après l’ouverture du mariage, « 81 % des sympathisants de gauche y sont “plutôt favorables”, 78 % des partisans de droite penchent du côté “défavorable” » d’après le sondage BVA Le Parisien [5].
Revenir en arrière ?
Serait-il possible de « Revenir en arrière » ? Le Point [6] pense que « C’est en substance ce que propose l’UMP sur le mariage homosexuel. La droite a déjà affirmé que si elle était de retour aux affaires, elle reviendrait sur le texte ». François Fillon, Christian Jacob, pensent que « La loi pourra être modifiée ou tout simplement abrogée ». D’autres perdent patience à trancher la question au sein du parti : « Je me suis incliné devant le sentiment majoritaire : l’UMP a considéré qu’il ne fallait pas cliver trop fort, trop tôt, que la question n’était pas suffisamment stabilisée pour que nous l’abordions dès ce conseil national », a affirmé le député de la Drôme Hervé Mariton dans E-llico [7]. D’ailleurs, « Wauquiez demande l’abrogation de la loi sur le mariage homosexuel » annonce RTL [8]. De son côté, Nathalie Kosciusko-Morizet renonce « revenir en arrière sur la loi, je ne le souhaite pas du tout » dans Le Monde [9].
Extrait du JT de France du 20 mai 2013 :
Malgré des tribunes comme celle de David Rey dans Le Nouvel Obs [10]« Chers députés anti-mariage gay : imaginez le jour où votre enfant vous dira qu’il est homo », beaucoup s’obstinent encore :
Christine Boutin « a félicité la Croatie, l’Australie et l’Inde d’interdire l’union entre personnes de même sexe, les qualifiant de "modernes" » raconte Le Nouvel Obs [11]. Alors que pour « les Français se revendiquant catholiques, une majorité (54 %) estiment qu’il n’y a pas là de provocation à leur égard » dans les débats sur la GPA pour Le Parisien [12].
« Les anti-mariage gay entendent profiter de la campagne des municipales pour donner de la voix. La Manif pour tous, présidée par Ludovine de la Rochère, fait circuler depuis quelques semaines une charte auprès de tous les candidats aux municipales, quelle que soit leur couleur politique (…) Quelque 300 candidats auraient déjà signé ce texte, dont Philippe Brillault, le maire UMP du Chesnay (78), le MoDem Franck Meyer, de Sotteville-sous-le-Val (76), ou encore Hervé Mariton, maire UMP de Crest (Drôme) » explique Le Parisien [13].
D’ailleurs, « La manif pour tous aux Européennes : "On a structuré nos réseaux, on est en mesure de présenter des candidats, on n’a plus qu’à appuyer sur le bouton quand nous le voudrons" » assure Ludovine de la Rochère dans le Huffington Post [14]. La dirigeante du mouvement se « rendra à Bruxelles pour lancer la coordination internationale du mouvement en présence, espère-t-elle, des représentants de plusieurs pays ».
« Le collectif lyonnais Les Enfants des Terreaux, farouchement opposé au mariage pour tous, a modifié le logo de l’eau minérale gazeuse ardéchoise Vals pour éditer des autocollants contre le ministre de l’Intérieur Manuel Valls », nous apprends Le Figaro [15], et va donc faire l’objet d’une procédure judiciaire.
Le conseil municipal de Fontgombault « refuse explicitement de procéder à un mariage entre deux personnes de même sexe. Ils invoquent "qu’il existe une loi naturelle, supérieure aux lois humaines" car "ces personnes, quelle que soit leur dignité d’êtres humains, qu’il y a lieu de reconnaître par ailleurs, sont radicalement incapables de procréer un être humain qui soit issu de cette union" », le préfet saisi le tribunal administratif de Limoges pour faire annuler la délibération expliquent Le Figaro [16] et La Nouvelle République [17], repris par Les Observateurs [18].
Entre la Manif pour Tous, les Bonnets Rouges, et « l’intervention de François Hollande lors de l’affaire Leonarda, prénom de la collégienne expulsée avec sa famille le 9 octobre au Kovoso », les français approuvent à 48% la loi Taubira selon le sondage BVA [19], soit un recul de plus de 10% en un an [20].
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Jour de colère ?
La radicalisation de la Droite française sa manifeste encore. Dans Le Monde [21], Frigide Barjot, présidente de L’Avenir pour tous, commente la radicalisation des manifestations, « leur radicalisation idéologique et leur confusion, les mêmes activistes se retrouvant parfois dans l’un et l’autre cortège, comptant sur les plus modérés pour « blanchir » des idéologies teintées de dogmatisme », et qui finalement renonce donc à manifester. Le Nouvel Obs [22] retient aussi de son manifeste que « les mêmes activistes se retrouvant parfois dans l’un et l’autre cortège, comptant sur les plus modérés pour ’blanchir’ des idéologies teintées de dogmatisme, ennemies du personnalisme ».
Le Nouvel Obs consacre quant à lui plusieurs articles [23] et [24] à Jour de Colère, un rassemblement parisien formés de « Gaullistes, royalistes, frontistes et Manif pour tous » avec les Hommen et autres révolutionnaires et monarchistes de Droite. « Zohra Sider, enseignante dans une école catholique, défile peu elle aussi. "Il faut le retour d’une droite forte sur les questions de société et d’identité nationale." ».
D’une manière plus pragmatique, RTL [25] décrit ce rassemblement : « Contre Hollande, contre le mariage gay, contre l’Europe, contre les journalistes... Le rassemblement hétéroclite des anti-Hollande à Paris a réuni toutes sortes de groupes et revendications. »
La manifestation d’extrême droite fait pschit : « le grand fourre-tout des revendications et l’anonymat des organisateurs (en fait Le Printemps français) ont fait fuir les manifestants » décrit Rue 89 [26] avec quelques détails sur les 17 000 manifestants, « Une "coagulation" de protestataires » qui utilise l’image des bonnets rouges selon Le Figaro [27].
Laurent Provost du Huffington Post [28] se demande « qui se cache derrière la manifestation du 26 janvier contre le gouvernement », qui serait « un mystérieux collectif qui mobilise les Français sur Internet depuis novembre 2013 », dont les organisateurs « se cachent eux aussi derrière pseudos et pancartes pour piloter événement », et qui ne ne se limitent pas aux soutiens de la Manif pour tous. La protestation rassemble toutes sortes de revendications anti François Hollande. Slate [29] a réussi à en faire le tour presque complet : Collectif Pour l’Enfant, Hommen, les Gavroches, Nationalité-Citoyenneté-Identité, La Ligue francilienne, le Réseau-Identité, Comité de Lépante, Reconquête républicaine. Civitas, SOS Tout-petits, Dieudonné, Christian Vanneste. Libération [30] évoque « une soixantaine d’associations ».
« A l’issue de la manifestation, des centaines de personnes, cagoulées et portant des masques de ski pour certaines, ont lancé des projectiles, bouteilles, pétards, barres de fer, poubelles et fumigènes contre les forces de l’ordre qui ont répliqué par des tirs de gaz lacrymogènes » rapporte Le Nouvel Obs [31], 19 policiers ont été blessés, 250 personnes manifestants interpelés, aussi pour Atlantico [32].
« Des journalistes du "Petit Journal" et d’autres médias ont été violemment agressés » ajoute Ozap [33].
Toujours dans Le Nouvel Obs [34], Audrey Salor remarque qu’alors que la prochaine Manif pour Tous est prévue le 2 février et que le collectif a pris soin de se désolidariser de l’événement anti-Hollande, « Des sympathisants de la Manif pour tous sont bien venus nourrir le cortège » de Jour de Colère. « La loi Taubira semble pourtant bien constituer l’un des fils rouge de la mobilisation », dont « les Hommen, adeptes des actions torse-nus, revendiquent ainsi 70 participants (…) Emanation radicale du collectif, le Printemps français avait également répondu présent ».
Pour Emmanuel Maurel du PS, cette manifestation de colère était formée de « pas mal d’abrutis avec des slogans scandaleux pour la plupart. Ce qui m’inquiète, c’est ce que ça révèle du climat dans le pays. Il faudrait qu’on réagisse, nous la gauche. Et même plus largement, les républicains et les démocrates. » dans E-llico [35].
Des journaux comme Valeurs Actuelles [36] diffuse des informations qui sèment la confusion dans les esprits des lecteurs avec des phrases du genre « Ce qui n’empêche pas le gouvernement de continuer à semer la confusion sexuelle, comme le prouve le choix du film Tomboy (l’histoire d’une petite fille qui se fait passer pour un garçon) comme support pédagogique auprès des élèves de CE2, CM1 et CM2 », ignorant superbement le travail éducatif autour de la question transgenre. « Des tracts polémiques à la sortie d’écoles de Périgueux » ajoute Sud Ouest [37], car « L’homosexualité ferait, selon eux, partie des sujets à ne pas aborder avec les élèves. Le texte incrimine aussi le programme de l’Éducation nationale intitulé « ABCD de l’égalité » : expérimenté depuis un an, il vise à transmettre des valeurs d’égalité et de respect entre les filles et les garçons( …) Hubert Machard de Gramont, à l’origine de ce mouvement », au prétexte stupide que « Ce qui nous inquiète, c’est que les filles et les garçons deviennent interchangeables et identiques ». Info reprise par Elle [38].
Le 2 février, 80 000 personnes de LMPT à Paris ont compté Atlantico [39], Le Nouvel Obs [40], le mouvement « particulièrement remonté contre "la diffusion de l’idéologie du genre à l’école" ».
« Paris : la Manif pour tous frappe un grand coup » titre Le Point [41]. Mais pour une manifestation qui se veut « paisible », « douze militants du mouvement étudiant d’extrême droite GUD (Groupe union défense) ont été brièvement interpellés (…) Une demi-douzaine de militants apparentés à la droite identitaire ont également été interpellés ». Pour Le Figaro [42], « la Manif pour tous reprend le combat (…) Fini les ballons et les cotillons, la Manif change de ton. Une "zone de silence" est même prévue, le long d’une avenue entière, pour rendre un peu plus solennel ».
Le Nouvel Obs [43] à la rencontre des manifestants : « "L’intérêt supérieur de l’enfant" est invoqué par tous », ils marchent « par "conviction personnelle" bien qu’étant "croyante". C’est ce que diront tous les intervenants interrogés », « "Non à l’idéologie du genre qui avance sournoisement, non à la pensée unique, non au bouleversement de la civilisation", crie une jeune fille au mégaphone, perchée sur un camion. Officiellement, la manifestation s’oppose à d’éventuels projets de la loi sur la GPA ou la PMA, qui ne sont pourtant pas au programme officiel du gouvernement ». Ils dénoncent « une supposée "familiophobie" du gouvernement ». Christine Boutin « dit avoir peur qu’on "fasse croire à mon fils qu’il peut devenir une fille et réciproquement " ». Effectivement, comme pour beaucoup d’autre « la nouvelle toile de fond cette saison 2 est l’épouvantail du "genre" ».
Plus tard en mai, dans le Soir 3, la parole du Pape est relayée :
Et donc tous ces gens qui pensent à l’intérêt supérieur de leurs enfants, les entraînent encore une fois dans leur défilé de haine au mois de Mai, France 2 y était :
« Vincent Autin [44], le premier marié gay de France, a reçu des menaces de mort]] » rapporte BFM [45], un autre homme qui les avait insulté devant la mairie a été condamné rapporte Libération [46].
« L’hebdomadaire Minute a été condamné pour homophobie, mardi 20 mai, pour ses titres « Mariage homo : bientôt ils vont pouvoir s’enfiler... la bague au doigt » et « Sida : malgré les risques ils vont vous donner leur sang », en couverture d’un numéro de juillet 2012 » n’oublie pas Le Monde [47]
Dans ce climat, « Les agressions à caractère homophobe ne cessent de prendre de l’ampleur et connaissent une véritable vague de recrudescence » selon le Nouvel Obs [48]
L’été n’a pas apaisé les esprits : « Bien sûr, j’irai manifester mon engagement pour la famille" avec la Manif pour Tous le 5 octobre, a déclaré sur RMC et BFMTV Hervé Mariton, qui fut l’un des principaux opposants à la loi Taubira ouvrant droit au mariage pour les couples de même sexe » informe Le Figaro [49], alors que dans le même temps Nicolas Sarkozy ne souhaite pas revenir sur le mariage : « Le mariage pour tous, je m’en fous. Ce n’est pas un sujet. Moi, de toute façon, j’avais toujours défendu une union civile » dans Le Nouvel Obs [50]. En disant cela, il suit son électorat sondé par Le Parisien [51] : « Sept français sur dix (73%) mais aussi 56% des sympathisants de l’UMP ne souhaitent pas que la droite, si elle revenait au pouvoir, supprime cette loi ». Mais l’ancien président est pris dans les querelles internes de l’UMP, et finit par déclarer sur son Twitter [52] [53] [54] vouloir abroger la loi Taubira et en même temps « un mariage pour les homos ».
Extrait du JT du 15 novembre 2014 de France 2 :
Embourbé dans sa contradiction, la presse se régale à relayer les prises de paroles contradictoires des cadres du parti (Wauquiez, Darmanin, Mariton, Peltier, Estrosi, Bachelot, Morano, Pécresse etc.) : [55], [56], [57], [58], [59], [60], [61], [62], [63], [64], [65], [66], [67], [68], [69], [70], [71], [72], [73], [74], [75], [76], [77], [78], [79], [80], [81], [82], [83], [84], [85], [86], [87], [88], [89], [90], [91], [92], [93], [94], [95], [96], [97], [98], [99], [100], [101], [102], [103], [104], [105], [106], [107], pour finalement voir Sarkozy pencher du côté de Sens Commun, [108], [109], [110], [111], [112], [113], [114], [115], [116], [117], [118], [119], [120], [121], [122], [123], [124], [125], [126], [127], [128], [129]…
Un extrait du 20h le Journal de France 2 :
Jours de Joies
Alors même que des voix de Droite s’expriment contre de cette attitude réactionnaire, comme celle de Michel Sardou dans Le Figaro [130] : « Je suis favorable au mariage gay. En tant qu’hétérosexuel marié, cela ne m’enlève absolument rien. Je ne me sens pas déshonoré de partager ce droit. Pourquoi les homos feraient-ils de moins bons parents ? Ou de meilleurs, d’ailleurs ? Ceux qui s’opposent à cette réforme au nom de l’enfant devraient être cohérents avec eux-mêmes et demander l’interdiction du divorce. Derrière les manifestations des antimariage se cache autre chose ». Info reprise par Le Nouvel Obs [131], LCI [132] ou 20 Minutes [133]. Steevy Boulay lui aussi « ne soutient plus Nicolas Sarkozy » [134].
Il faut lire Sud Info [135] (d’après le Daily Mail [136]) pour apprendre que « Les chrétiens orthodoxes roumains sortent un calendrier avec des hommes nus en faveur du mariage gay », et ce malgré « le haro des confessions religieuses » et particulièrement chrétiennes du Gabon, Gabon Review [137], après « un mariage coutumier entre deux hommes le 30 décembre 2013 ».
Rien n’est simple pour les dogmes religieux, quand en même temps « L’Eglise protestante s’interroge sur la bénédiction des unions homosexuelles » selon France 3 [138].
« 7 000 mariages homosexuels ont été célébrés en 2013 » d’après le compte de l’INSEE rapporté par Le Monde [139] « Des mariages qui, après des mois de débats houleux ponctués de manifestations, ont eu lieu dans un calme paradoxal. Aucune cérémonie n’a été empêchée par des manifestants hostiles. Seuls quelques élus ont refusé d’appliquer la loi ». C’est donc 3% des mariages sur l’année, 14% pour Paris, et « trois couples sur cinq sont des hommes ». Dépêche AFP reprise par France 24 [140], 20 Minutes [141], TF1 [142], Toulouse 7 [143], Le Figaro [144], Le Nouvel Obs [145], France 3 [146], La Dépêche [147], le JDD [148], le Huffington Post [149], le Télégramme [150], Métronews [151], 20 Minutes [152], l’Express [153], la Croix [154], la Nouvelle République [155]… et Libération [156], qui ose écrire un article à charge contre Christiane Taubira pour avoir répondu imprécisément sur les chiffres.
E-llico [157] a constaté que « 15,1% de tous les mariages célébrés à Paris depuis la légalisation du mariage pour les couples de même sexe ont été des mariages entre homosexuels ». Certains ou certaines « se sont heurtés à des refus, notamment pour réserver une salle de mariage, en raison de leur orientation sexuelle » rapporte 20 Minutes [158].
Mais « Ce qui est troublant, c’est qu’à 15 ans d’intervalle, les mêmes comportements se reproduisent. L’un des grands reproches que la communauté gay a pu faire au début des années 2000 à Lionel Jospin, c’est de ne pas avoir suffisamment défendu le pacs. Depuis 2012, François Hollande n’a jamais su trouver les mots forts et justes pour expliquer le sens de cette réforme, sa portée, le symbole aussi qu’elle portait » constate très justement Christophe Martet pour Yagg [159].
Dans Plus Belle la Vie aussi, le feuilleton vedette de France 3 [160] qui est un formidable lgbiteur, avec de nombreux personnages comme Thomas, Céline, Nicolas, Gabriel et d’autres encore, présents tous les soirs à l’antenne de France 3, un couple gay a célébré son mariage pour la première fois : Thomas et Gabriel. C’est évènement un télévisuel.
La réalité est plus compliquée, mais pas moins belle, France 2 [161] programme en septembre, dans la série « Mes histoires d’amour », le documentaire d’Olivier Boucreux « Mes liens sacrés, une histoire d’amour », sur la difficulté de préparer son mariage en 2014.
« Le maire de Paris Bertrand Delanoë évoque longuement le mariage entre des personnes de même sexe, abordant également son cas personnel. "Si je suis amoureux, et si de cette relation naît le désir du mariage, alors je me marierai. Mais je vous avoue que je suis plutôt en phase avec Brassens quand il chante ’J’ai l’honneur de ne pas te demander ta main" », explique-t-il à Têtu, via Metro News [162],
L’Express [163] passe à un sujet passionnant : « Mariage gay : comment accorder ses tenues ? » parce que « Les couples d’hommes peuvent choisir de plus ou moins coordonner leurs vêtements de gala pour se dire oui. » et qu’il faut bien leur donner des conseils.
Les conséquences politiques
« Sens commun, l’association politique créée par d’anciens militants de la Manif pour tous, sera officiellement lancé ce jeudi au siège de l’UMP. À en croire Sébastien Pilard, son président, tout le monde, de Jean-François Copé à Nicolas Sarkozy, accueille "avec bienveillance" ce nouveau mouvement qui ne se cache pas de vouloir abroger la loi sur le mariage homosexuel et, plus largement, d’influer sur tout le programme de l’UMP » selon Le Point [164]. Cette radicalisation de l’UMP se traduit par exemple par la sortie hypocrite et mal jouée d’Henri Guaino : Sur le plateau de C à Vous, en direct face à Jean-Luc Roméro, « le conseiller régional d’Île de France lui lançait "vous ne me respectez pas car vous ne souhaitez pas que je puisse me marier", Henri Guaino rétorque, furieux : "La politique pour moi c’est sérieux, quand on la fait en se roulant dans le caniveau, en mentant sans arrêt, on ne peut pas continuer à débattre. La dignité du débat ne peut pas supporter d’échanger dans ces conditions », avant de quitter la plateau.
La fin de l’année témoigne du puit sans fond de la bêtise des opposants au mariage ouvert aux couples de même sexe, par des vœux « ridicules » selon Konbini [165] que Le Nouvel Obs [166] qualifie de « malaise pour tous » : un petit film diffusé sur Youtube [167] rassemblant « les porte- paroles de divers collectifs anti-mariage gay : "Homen", "Printemps français", "veilleurs" et même "Camping pour Tous" » pour vous souhaiter « une excellente année de Résistance 2014 ».
En fin de compte, « Si ce "Jour de colère" a peu de chance de se structurer, l’assise électorale du FN pourrait en bénéficier, analyse Nicolas Lebourg, historien » pour Le Nouvel Obs [168], « Ces problèmes à long terme n’effacent pas certains gains symboliques. La revendication autoritaire, le déni de légitimité du président de la République élu, la récurrence d’incidents et de manifestations donnant un sentiment de "chienlit" peuvent ensemble contribuer à renforcer l’assise électorale du FN dans la perspective du vote-défouloir des européennes ».
RFI [169] se demande d’ailleurs si il y aura des « incidence sur les municipales de mars », sachant que « les socialistes le reconnaissent, par le jeu des triangulaires le FN permettra à la gauche de sauver des villes ».
Fin Mars, E-llico [170] donne des noms de « maires notoirement homophobes ont été élus ou réélus » : « Robert Ménard (FN) à Béziers, Brigitte Barèges (UMP) à Montauban, Jacques Bompard (Ligue du sud) à Orange, Marie- Claude Bompard (Ligue du sud) à Carpentras, Christian Jacob (UMP) à Provins, Hervé Mariton (UMP) à Crest, Jean-François Copé (UMP) à Meaux, qui a soutenu la participation de son parti aux manifestations de la Manif pour tous, Laurent Wauquiez (UMP) au Puy en Velay ou encore Jean-Luc Moudenc (UMP) à Toulouse ».
Des lendemains qui chantent ?
Dans le Huffington Post [171], Jean-Luc Romero résume très bien que « Le 2 février sera, à n’en pas douter, un moment historique. Non pas parce que les thèmes défendus y seront nouveaux : on la connaît tous cette France d’un autre âge qui voit dans l’obscurantisme la voie du progrès. Non, c’est historique parce que la Manif pour tous réussit cet incroyable exploit de renverser le sens profond du terme manifestation. Pour moi, tout comme pour vous, j’imagine, quand une personne manifeste, c’est pour sauvegarder ses droits ou en obtenir de nouveaux. Mais là non ! La Manif pour tous œuvre pour que l’on revienne sur les droits acquis, pour empêcher l’Autre d’en avoir de nouveaux, voire pour que l’Autre n’en ait pas du tout ». Et pire encore, « Le mouvement cherche à s’étendre en Europe où plusieurs manifestations seront organisées dimanche » ajoute Le Point [172].
Dans le Journal du Dimanche [173], le Premier Ministre Manuel Valls a une vision pessimiste du mouvement : « Nous assistons à la constitution d’un Tea Party à la française. S’engouffrant dans la crise de projet et de leadership de la droite, et face au recentrage du Front national, une droite conservatrice et réactionnaire s’est libérée. Avec l’opposition au mariage pour tous, elle a décuplé ses forces ».
Pascal Maillard explique très bien comment, après Jour de Colère, le ciel politique reste sombre : « Un nouveau clérico-fascisme se développe en France, soluble dans le dieudonnisme, et qui se diffuse dans toutes les couches de la société, de la bonne bourgeoisie catholique aux classes sociales les plus défavorisées, prospérant particulièrement dans les quartiers pauvres des banlieues et se nourrissant de la misère matérielle et morale. Nous savons que c’est dans toute l’Europe que la peste brune reprend du poil de la bête, nourrie et renforcée par les politiques qui y sont conduites. La première cause du développement exponentiel des droites extrêmes est bien là ! » dans un article pour Mediapart [174] que dont je conseille vivement la lecture.
Noël Mamère publie dans son blog [175] : « Face à cette offensive réactionnaire, nous ne pouvons bien évidemment rester les bras croisés. Il faut réagir et ne pas laisser la rue aux nazillons et aux amis de Christine Boutin et d’Eric Zemmour. Mais si le sursaut citoyen doit se construire, il ne peut pas se faire sous la houlette des gouvernants qui participent à leur manière à ce désenchantement et à cette colère sourde qui montent des profondeurs du pays (…) Le FN et les nouvelles ligues issues de la fachosphère sur Internet, progressent. Parce qu’elles prospèrent sur cette idée fausse, répandue par la Fondation Terra Nova, selon laquelle la gauche doit s’occuper en priorité des classes moyennes en traitant leurs aspirations sociétales et abandonner les classes populaires. Rien n’est plus faux. La lutte pour l’égalité sociale est inséparable de l’avancée en termes de droits.. »










