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Homophobie record dans le football en 2022 ?

Par rodmann, dimanche 7 mai 2023.

L’année 2022 a été marquée par beaucoup d’homophobie dans le formidable monde du football masculin. 13 ans après les saillies insultantes de Louis Nicollin par exemple, et 3 ans après le comportement inadmissible du chef des footeux français : « Estimant mardi sur France Info que l’homophobie "n’est pas la même chose" que le racisme, le président de la fédération française de football, Noël Le Graët, a demandé aux arbitres de ne plus arrêter les matches de Ligue 1 dans ce cas » [1], et ce, malgré l’encouragement de la ministre des sports.

Est-ce que le football reste le sport le plus haineux du monde en 2022 ?


Supercoupe d’Espagne en Arabie Saoudite

Dès Janvier l’Equipe [2] nous informe que « Amnesty International invite les quatre clubs espagnols qui vont bientôt participer à la Supercoupe d’Espagne en Arabie Saoudite à porter des brassards violets », c’est-à-dire « à prendre position sur les questions du droit des femmes et des personnes LGBT + dans le pays du Golfe ». Je rappelle que dans une dizaine de pays autour du golfe Persique, les femmes ne sont pas libres de sortir de chez elle sans l’autorisation d’un homme.

Il faut dire que « La délocalisation de la Supercoupe d’Espagne en Arabie Saoudite suscite un vent de colère en Espagne où la télévision publique a notamment renoncé à s’aligner pour diffuser la compétition afin de protester contre le non-respect des droits humains du royaume », signale RMC Sport [3] dès 2020.

Le ton est donné pour l’année.


Les chants homophobes

Depuis 2019, les chants homophobes peuvent causer l’arrêt des matchs, comme l’explique le Parisien [4] après une décision courageuse de l’arbitre Mehdi Mokthari, saluée par la Ministre des Sports, qui demande que « des mesures fortes soient prises et que les rencontres puissent être arrêtées par les arbitres lorsque des incidents racistes ou homophobes ont lieu dans l’enceinte » [5]. Pour Nathalie Boy de la Tour, la présidente de la Ligue Nationale de Football, « Je ne dédouane pas ce qui s’est passé. Mais quand on parle de chants homophobes, pour beaucoup de supporters cela fait partie du folklore » [6].

Twitter de Roxana Maracheanu
Twitter de Roxana Maracheanu

La campagne contre l’homophobie

L’année commençait plutôt bien, la Ligue Professionnelle de Football [7], annonçant le lancement de sa nouvelle campagne contre l’homophobie, avec un spot vidéo dans laquelle plusieurs joueurs, un arbitre et un entraineur sont présents, explique SoFoot [8], et « En plus de cette vidéo, comme chaque saison depuis quatre ans, ce week-end, les flocages des maillots ainsi que les brassards des capitaines et ceux des arbitres seront aux couleurs de l’arc-en-ciel. ». La campagne est relayée par le Figaro [9], jusqu’ici tout va bien.


Idrissa Gueye

Et puis le 15 Mai 2022, BFMTV [10] a remarqué qu’Idrissa Gueye « Le milieu de terrain de 32 ans faisait pourtant partie du groupe parisien pour ce déplacement dans l’Hérault. Mais son nom a finalement été retiré de la feuille de match au dernier moment. Sans aucune raison officielle. »

Compte Twitter du PSG

SoFoot [11] pose une simple question-lapsus : « Idrissa Gueye absent pour avoir refusé de défendre l’homophobie  ? », reprenant l’interrogation du Parisien [12] qui a bien noté que « pour la deuxième année de suite, Idrissa Gueye n’était pas présent sur la feuille de match à cette occasion. L’an passé, contre Reims, le champion d’Afrique déclarait forfait en raison d’une " gastro-entérite ", à quelques heures de la rencontre ».

RMC Sport [13] veut nous dire « Pourquoi l’absence de Gueye sème le trouble », par le coach Mauricio Pochettino qui explique qu’« Idrissa a effectué le voyage à Montpellier, mais pour des raisons personnelles il a dû sortir de la feuille de match. Mais il n’était pas blessé ».

Heureusement des journaux tournent moins autour du pot, comme Le Figaro [14] qui titre « Gueye aurait manqué le match à Montpellier… en raison du maillot contre l’homophobie ». Alors, la Maison Macron réagit immédiatement, en parole seulement, comme il se doit : « "C’est une image qui va obscurcir la belle image, justement, que veut donner le football", a déploré la ministre des Sports, Roxana Maracineanu ». La ministre botte en touche « L’ancienne nageuse refuse toutefois de se "substituer à l’employeur" en réclamant des sanctions ».

L’affaire pourrait effectivement en rester à un conflit entre un employé et son employeur, ayant pour cause l’employé refusant de porter l’uniforme fourni par l’employeur, mais le monde du foot n’est pas comme les autres.


Les associations LGBT dénoncent

C’est l’association Rouge Direct [15] qui commence à réagir en demandant des explications directement au joueur, rapporte Komitid [16].

Puis c’est Yoann Lemaire, représentant de l’association Foot Ensemble, qui réagit pour BFM [17] « On a fait une enquête dans tous les centres de formation de France. Les jeunes le disent : l’interprétation de la religion est la plus grande cause de la mauvaise acceptation de l’homosexualité. C’est dû à l’entourage, aux réseaux sociaux ou à l’éducation. Ça dépend d’un club à l’autre, c’est ce qui est surprenant. Il faut faire un travail de fond avec eux. Par exemple, avec Gueye, il ne faut pas laisser passer ça. Le PSG doit montrer l’exemple, dire qu’il y a une vraie volonté politique de la part du club de lutter contre toute forme de discrimination. »

Valérie Pécresse présidente de la région Ile-de-France s’exprime sur Twitter repris dans Le Figaro [18] : « Les joueurs d’un club de football, et ceux du PSG en particulier, sont des figures d’identification pour nos jeunes. Ils ont un devoir d’exemplarité. Un refus d’Idrissa Gana Gueye de s’associer à la lutte contre l’homophobie ne pourrait rester sans sanction ! »

Pour Christophe Galtier « Des murs sont tombés, mais pas encore suffisamment. J’attends qu’un joueur puisse déclarer son homosexualité dans un vestiaire. Je l’encouragerais, parce qu’il serait alors vraiment libéré, et je suis fortement convaincu que cela ne poserait aucun problème à ses partenaires » rapporte Ouest-France [19].


Un contexte sénégalais homophobe

Dans le pays natal de Gueye, la situation est très tendue nous explique Le Monde [20], la répression est dure « un emprisonnement d’un à cinq ans et d’une amende de 100 000 à 1 500 000 francs CFA (de 152 à 2 286 euros) quiconque aura commis un acte impudique ou contre-nature avec un individu de son sexe », et une proposition du collectif And Samm Jikko visant durcir les peines et à ajouter « lesbianisme, bisexualité, transsexualité, intersexualité, zoophilie, nécrophilie et autres pratiques assimilées » à la loi, vient d’être rejetée par le bureau de l’Assemblée nationale, pour qui « le Code pénal punit déjà "sévèrement" l’homosexualité ainsi que "tous les actes contre-nature et les attentats à la pudeur" ».
Dans la ville natale de Gueye, « Le drapeau symbolisant les Lgbt (…) a été brûlé en public, ce samedi après-midi, à la Médina (Dakar). C’est précisément sur l’esplanade de la mosquée (…) à l’issue de la conférence de presse du comité de soutien à Idrissa Guèye. » DakarActu [21]

DW [22] fait témoigner des victimes de la loi sénégalaise punissant tout « "Acte impudique ou contre nature avec un individu de son sexe" », qui vivent « "dans la peur et l’exil. La plupart des membres de la communauté sont exilés. C’est la seule solution que la communauté a sur place parce qu’ils ne sont pas protégés par le gouvernement. Ils sont persécutés par les associations homophobes sur place et ils sont persécutés au sein de leur famille.  »

lgbti au Sénégal

La loi sénégalaise est de nature à terroriser à la fois la population Queer, mais aussi ses alliés ou les hétéros dans la situation de Gueye. « Le texte est qualifié de "liberticide" par le collectif Free Senegal, qui défend les droits des homosexuels » ajoute RFI [23]. Il n’est donc pas étonnant que Gueye n’aie pas pu répondre à Boursorama [24] qui titre « On ne demande pas à Gueye de devenir gay, juste d’accepter la diversité », reprenant les propos de Yoann Lemaire pour SoFoot [25] « On ne demande pas à Gueye de devenir gay, ni de militer, juste d’accepter la diversité ».

Le Conseil National de l’Ethique de la Fédération Française de Footbal, tente une mise au point rapporte l’Equipe [26] « … La lutte contre les discriminations dont font l’objet les différentes minorités, quelles qu’elles soient, est un combat indispensable et de tous les instants. Qu’il s’agisse de la couleur de peau, de la religion, de l’orientation sexuelle, ou de toute autre différence, toutes les discriminations reposent sur le même fondement qui est celui du rejet de l’autre parce qu’il est différent du plus grand nombre. (…) En refusant de participer à cette opération collective, vous validez de fait les comportements discriminatoires, le refus de l’autre, et pas uniquement contre la communauté LGBTQI +(…) L’impact du football dans la société et la capacité des joueurs à représenter un modèle pour ceux qui les admirent nous donnent à tous une responsabilité particulière. »

La réponse du joueur arrive par Liberationinfo  [27], dans lequel Gueye répond « à la France » en lui renvoyant son « Zemmour », sa « xénophobie ». De toute façon ses revenus [28] lui permettent de s’acheter une liberté d’expression faisant fi des lois françaises.

Son statut aussi, lui vaut un soutien très officiel de chef de l’État sénégalais rapportent Le Monde [29], France Info [30] se font l’écho d’un « soutien très politique à Idrissa Gueye » ou BFM [31], qui rappelle qu’« En février dernier, une manifestation a eu lieu à Dakar pour soutenir une proposition de loi visant à durcir les textes qui interdisent l’homosexualité. On serait passé à une peine maximale de dix ans de prison, contre cinq actuellement. La loi n’a finalement pas été adoptée, mais une enquête de l’hebdomadaire l’Obs raconte (…) l’existence d’une milice musulmane qui s’appelle la Dahira, une sorte de brigade des mœurs qui organise de violentes chasses aux gays. ».

De plus « Un des plus hauts chefs religieux du Sénégal a déclaré vendredi “encourager” toutes les démarches légales contre l’homosexualité », ajoute 7sur7 [32].


Les réactions des autres joueurs ?

Le Figaro [33] informe que « La LFP, contactée par l’AFP, "ne souhaite pas commenter" l’incident et rappelle son "travail de fond dans ce domaine depuis quatre ans", comme "l’organisation d’ateliers de sensibilisation à l’homophobie dans les clubs et les centres de formation". "Mardi une vente aux enchères est organisée avec les ventes de ces maillots au profit d’associations LGBT", a-t-on précisé.  ». Tout reporter sur les jeunes est une honteuse procrastiner à l’échelle d’une génération.

Pour Nicolas Pottier, ancien arbitre international, c’est l’occasion de se révéler gay, et d’expliquer son cheminement dans Ouest-France [34]. Il a été le seul en France.

Le secteur professionnel du football a peu de réactions. Pourtant Eurosport [35] informe qu’« Un footballeur anglais éveille les consciences. Jake Daniels, joueur du club de Blackpool, qui évolue en Championship, s’est déclaré publiquement homosexuel dans un communiqué et une publication sur ses réseaux sociaux. A 17 ans, Daniels est le premier joueur professionnel britannique actuellement en activité à effectuer un coming-out public  ». En effet, le jeune joueur s’avère très lucide et courageux : « Je pense que c’est parce que beaucoup de footballeurs veulent être reconnus pour leur virilité. Et les gens voient le fait d’être gay comme une faiblesse, quelque chose avec lequel on peut vous provoquer sur le terrain. Mais tel que je vois les choses, je joue au foot et (les spectateurs) peuvent me hurler des choses, mais ils paient pour me voir jouer et je gagne ma vie comme ça. Donc qu’ils crient ce qu’ils veulent, cela ne changera absolument rien ».

Alors que Marvin Ekpiteta a évolué sur le sujet, et s’explique dans Télé 7 Jours [36].

En France, faire parler les professionnels en activité est quasi impossible. Têtu [37] se fait l’écho du Parisien [38], pour lequel l’ancien capitaine de l’équipe de France de football Patrice Evra, se livre sur le racisme et l’homophobie : « "Quand j’étais en Angleterre, ils ont fait venir une personne pour parler de l’homosexualité à l’équipe. Certains de mes coéquipiers ont dit lors de cet échange : "C’est contre ma religion, s’il y a un homosexuel dans ce vestiaire, il doit dégager du club’" etc. À ce moment-là, j’ai dit : "Tout le monde la ferme. Vous vous rendez compte ?’" Un témoignage des plus alarmants mais qui corrobore un constat largement partagé sur le milieu du football, en particulier au très haut niveau. ». Ce que décrit Evra est valable pour toutes les équipes.

D’ailleurs, le joueur Antoine Griezmann, qui faisait la couverture de Têtu [39] pour y dénoncer l’homophobie, « s’est fendu d’un message encourageant et symbolique sur Twitter, saluant le joueur australien Josh Cavallo après son coming out. Silence radio, à part cela, du côté des clubs français », c’était en 2021 toujours dans Têtu [40].

Couverture de Têtu avec Griezmann

Le Monde [41], confirme que « Trente-deux ans après l’attaquant Justin Fashanu, Jake Daniels, milieu de terrain de Blackpool, club de 2e division anglaise, est devenu, lundi 16 mai, le deuxième footballeur professionnel britannique en activité à évoquer publiquement son homosexualité », c’était pour SkySport [42].
Olivier Rouyer, « qui a été le premier acteur du football français à assumer ouvertement son homosexualité » réagit dans les colonnes du Monde [43] que « Jake Daniels n’est qu’un gamin de 17 ans. Mais ça montre qu’il est bien dans sa tête, responsable, intelligent... Ce qu’il vient de faire est fabuleux au niveau de l’impact que ça va avoir sur sa génération (…) Quand on voit qu’Idrissa Gueye refuse de porter le maillot arc-en-ciel, ou en tout cas déclare qu’il ne peut pas jouer, on se dit encore une fois que nous sommes à la traîne. J’ai envie de dire tout simplement : nous sommes cons. Et c’est bien dommage.  »

Ouissem Belgacem, un ancien joueur professionnel, réagit dans les colonnes de Ouest-France [44] : « La justification religieuse m’agace. Moi aussi, je suis musulman. Quand je vois ça, je me dis juste que c’est fou à quel point on peut vivre sa religion complètement différemment. La religion est censée avant tout prôner la tolérance, la paix, l’amour du prochain, avec le grand précepte qui dit que "seul dieu peut juger". C’est en tant qu’être humain qu’il est décevant. La lutte contre les injustices devrait tous nous lier ».

Valérie Pécresse, présidente de la région Île-de-France a twitté [45] « Les joueurs d’un club de football, et ceux du PSG en particulier, sont des figures d’identification pour nos jeunes. Ils ont un devoir d’exemplarité. Un refus d’Idrissa Gana Gueye de s’associer à la lutte contre l’homophobie ne pourrait rester sans sanction ! » a vu Le Figaro [46].

France Info [47] « explique pourquoi "enculé" est une insulte homophobe » dans un article très intéressant de Camille Caldini, qui explique que l’insulte est hétérosexiste, « c’est-à-dire une insulte d’homme hétérosexuel qui vise à inférioriser les femmes et les gays ». La grande difficulté à lutter contre serait due à popularité : « Il faut dire que les insultes homophobes, comme les insultes sexistes, sont très ancrées dans le langage courant. "Enculé" est d’ailleurs l’une des insultes préférées des Français ». Sauf qu’il serait tellement simple, trop peut-être, va savoir de se dire que « si vous n’êtes pas homophobe, n’utilisez pas les mots qui servent à désigner les homosexuels comme insulte ».

Dans un contexte où le rapport annuel de SOS Homophobie signalé par Elle [48] explique en détail comment « le nombre de plaintes pour rapporter des faits de LGBTphobies a doublé en cinq ans »…


Le délire paranoïaque

Le magazine Mizane [49] développe une théorie dénonçant le libéralisme qui imposerait « l’individualisme comme valeur avec beaucoup plus de brutalité et de technique qu’aucune société traditionnelle n’avait pu le faire avec sa religion et sa métaphysique » finit par en devenir anti-social, et permet de « nier non seulement la réalité métaphysique réputée non objective depuis longtemps mais aussi la réalité biologique, comme on peut le voir dans le "transgenrisme" et le transhumanisme ». Et dans cet argument, tout le poids de la réaction, sous cloche religieuse, essaye de retourner la notion de liberté contre elle-même, au nom d’une morale inaltérable : « L’islam par exemple comme du reste toute religion ne peut se fondre dans un tel système si ce n’est en en sortant ceux qui en sont prisonniers, car il est fondé sur un paradigme "fondationnaliste". Si la liberté de l’individu n’est certes pas niée, elle reste subordonnée à une métaphysique qui ne se discute pas. »

Ce que font les religions et les sectes depuis leur création devient un argument contre ceux qui osent les critiquer : « On nie la réalité car elle ne correspond pas à l’idée qu’on peut s’en faire après évidemment un lavage de cerveau en bonne et due forme, omniprésent, du berceau à la tombe. ». Un comble de perversité narcissique.

Senego [50] va encore plus loin dans le délire paranoïaque pour tenter d’expliquer comment « Les Lgbt ont un agenda politique » fomentent un grand remplacement, un « renouvellement civilisationnel », un complot « invisible qui s’appuie sur le cheval de Troie des Ong et sur la culture et le sport ».


La Coupe du Monde

« Amnesty International pointe les « responsabilités » de la FIFA dans les « atteintes » aux droits humains » titre Le Monde [51] à propos des conditions de travail des ouvriers sur les chantiers du Qatar, « sur les violations en matière de « droits humains » dont sont victimes « plusieurs centaines de milliers » d’ouvriers des chantiers dans l’émirat » : « paiements de frais de recrutement exorbitants et illégaux non remboursés », « escroqueries par des employeurs aux pratiques abusives », « horaires excessifs », « travail forcé », « décès qui ont rarement fait l’objet d’investigations ». La responsabilité de la FIFA est pointée : « En attribuant la Coupe du monde au Qatar [le 2 décembre 2010] sans édicter des conditions ou garanties pour améliorer les protections prévues par le droit du travail, et en ne parvenant pas, par la suite, à prévenir ou à atténuer dûment les violations des droits humains, la FIFA a contribué à un large éventail d’atteintes au droit du travail qui étaient évitables et prévisibles ».

En 2013 déjà les ONG alertaient et les américains criaient au scandale de corruption du vote à la FIFA, rappelle le Monde Diplomatique [52]. L’argent plus fort que tout.

L’Émir du Qatar s’est exprimé en Allemagne sur l’accueil des personnes LGBT à Doha : « Nous vivons tous sur une même planète, mais chacun de nous à des cultures différentes. Nous accueillons tout le monde, mais nous attendons et nous voulons aussi que les gens respectent notre culture. » par BeninWebTV [53], et au Qatar comme ailleurs, les arguments sécuritaires servent à justifier tout recul des libertés, voire sont des menaces déguisées : « Si un supporter brandit un drapeau arc-en-ciel dans un stade et qu’on le lui enlève, ce ne sera pas parce qu’on veut l’offenser, mais le protéger. Si on ne le fait pas, un autre spectateur pourrait l’agresser. Si vous souhaitez manifester votre point de vue concernant la cause LGBT, faites-le dans une société où cela sera accepté ».

En vrai, « des hôtels refusent d’accueillir des homosexuels » à lire sur RMC Sport  [54], et Ouest-France [55] n’a raté le Tweet du chef de la sécurité de la Coupe du Monde, prévenant « Ne venez pas insulter toute une société » par votre présence.

Qu’attendre d’un un pays qui préfère célébrer la violence sur les stades : « L’immense statue immortalisant le "Coup de tête"de Zinédine Zidane contre l’Italien Marco Materazzi en finale du Mondial-2006, achetée par le Qatar, trône désormais sur la corniche de Doha » France Info [56].

Réactions en France, le pays où le Qatar investit des gazodollars par millions,
par un appel à Boycott du Quotidien de la Réunion explique TV5 Monde [57], « Notre journal boycottera tout ce qui est en lien avec l’événement sportif, mais relayera les informations en lien avec les problématiques écologiques et humaines portées par la compétition ». Des personnalités comme Éric Cantona s’expriment : « Ça me coûte parce que depuis que je suis gosse c’est un évènement que j’adore, que j’attends et que je regarde avec passion, regrette-t-il. Mais soyons honnêtes avec nous-même ! Cette Coupe du monde-là n’a aucun sens ! Pire, c’est une aberration ! ».

L’info est relayée par Têtu [58], car des associations militantes ripostent, sur le fondement d’une politique du régime répressive documentée par Middle East Yeye [59] par exemple.

« Un Mondial qui a piétiné les droits des minorités », a conclu le Quotidien de la Réunion [60]


Est-ce que la France a un problème ?

Alors qu’en Australie « La Fédération australienne a annoncé samedi qu’elle pourrait sanctionner Melbourne Victory pour le comportement homophobe « d’un petit contingent » de ses supporters à l’encontre de Josh Cavallo », nous rapporte L’Équipe [61], en Allemagne aussi, le « directeur de la Fédération allemande de football Oliver Bierhoff n’a pas caché son mépris à l’égard du Qatar concernant le traitement des personnes homosexuelles » peut-on lire dans Le Parisien [62] ou l’Équipe [63]. En Espagne, le joueur Hector Bellerin prend clairement position « Il doit forcément y avoir des homosexuels dans le football. Si j’avais un coéquipier homosexuel, je le soutiendrais jusqu’au bout. Il faut que le monde du football arrive à normaliser l’homosexualité » MadeInFoot [64].

A part Ouissem Belgacem, qui se bat « pour que la honte change de camp » Haute-Garonne [65], « la ministre française des Sports Amélie Oudéa-Castéra a revêtu un polo bleu roi avec des manches arc-en-ciel en tribunes du match du Mondial 2022 France-Angleterre » a repéré Le Point [66].

La Fédération française de Football [67] porte une action : « À l’occasion de la Journée mondiale contre l’homophobie, ce mardi 17 mai, la FFF rappelle son engagement dans la lutte contre toutes les discriminations.
La lutte contre toutes les formes de discriminations fait partie des engagements fondamentaux de la FFF et du football, considéré comme le troisième lieu d’éducation après la famille et l’école. Elle porte et défend les valeurs d’intégration et d’égalité, de diversité et de mixité.
Pour lutter contre l’homophobie, la FFF, en collaboration avec l’association Foot Ensemble, intervient ainsi dans les clubs et met à disposition des outils de son Programme éducatif fédéral. Ce dispositif fait partie des outils de référence dans l’apprentissage du respect du vivre ensemble.
 ».

Pour les parents, et surtout les joueurs et autres professionnels du secteur… Quid ?
Du côté de la FIFA ? Rien.


Alors le foot est-il le sport le plus haineux ?

Oui.
Parce que la financiarisation du football marche sur les Droits de l’Homme. Et les valeurs du sport, ils s’en tapent, les J.O. ne les intéressent même pas, (une médaille d’or en 2022 c’est seulement 65 000 euros) [68]) c’est la raison d’être de la Coupe du Monde de Foot : faire de leurs propres J.O. une course au pognon.
Pour le comprendre, il faut des chiffres : la FIFA a le pouvoir d’un petit état. Arabnews [69] donne le montant exceptionnel investit pour les rencontres :

Et pour chaque pays aussi la pompe à fric fonctionne bien : « la Fifa qui distribue des dotations directement aux fédérations. Selon Vincent Chaudel [70], la FIFA prévoit de reverser aux équipes participantes jusqu’à 440 millions de dollars. »

Vous trouvez que c’est beaucoup ? Selon Inside Fifa [71], « Pour la période financière 2019-2022, les revenus de la FIFA ont atteint un nouveau record de 7 568 millions USD ».

7 568 M$.

Vous vous demandez, comme Courrier International [72], mais « Que fait la Fifa de son argent ? ».
Tout ça :

Je vous épargne les affaires qui pourraient évoquer « le racket, la fraude électronique, le blanchiment d’argent et l’évasion fiscale » [73] [74] [75], ce n’est pas mons sujet.

Mais l’emprise de l’argent sur le monde du football est telle que l’action politique a peu d’emprise.
Il faut retenir l’expérience du brassard One Love  :

La Dépêche [76] résume que « Dix Fédérations avec en chef de file : les Pays-Bas, très vite soutenue par l’Allemagne. Par la suite, huit autres pays se sont joints au mouvement : la France, l’Angleterre, la Belgique, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Suisse et le Pays de Galles ». « né en réaction au racisme, le symbole vise à dénoncer toutes les discriminations, notamment sexistes et homophobes (…) Si le message de la campagne "One Love" ne vise pas spécifiquement le Qatar, son extension à d’autres sélections que les Pays-Bas émane d’un groupe de travail de l’UEFA chargé d’étudier les "questions relatives aux droits des travailleurs et aux droits humains au Qatar jusqu’au Mondial-2022" » FranceTV [77]. Vu le contexte homophobe, il s’agissait d’envoyer un message positif de soutien aux personnes Queer sans pour autant reprendre l’arc-en-ciel habituel.

Bien évidemment, « Longtemps silencieuse sur le sujet, la Fifa, qui y voyait une critique masquée du pays hôte », n’est non seulement pas restée silencieuse, mais est passée directement aux menaces. Après les sanctions financières, la FIFA ajoute des sanctions personnelles : « "Quelques heures avant le premier match, la Fifa nous a (officiellement) précisé que le capitaine recevrait un carton jaune s’il portait le brassard de capitaine OneLove", a déclaré la fédération néerlandaise ».

Les fédérations renoncent, « Au Qatar, la Fifa remporte la guerre du brassard LGBT » titre Courrier International [78]. « Cherchant à éteindre la polémique autour des brassards arc-en-ciel, la Fifa avait réagi samedi en dégainant ses propres brassards porteurs de messages consensuels, comme “Sauvez la planète”, “L’éducation pour tous” ou “Non aux discriminations” », mais la presse internationale dénonce la lâcheté des dirigeants du football et de la FIFA : El País [79], Süddeutsche Zeitung [80], CNBC [81], The Guardian [82], ou Le Soir [83] : « Gianni Infantino, aveuglé depuis longtemps par les montagnes d’or et d’argent du Qatar et engoncé dans un cynisme propre à la plupart des grands dirigeants sportifs, rêvait sans doute d’une Coupe du monde non politique, où l’émotion de la compétition sportive ferait oublier les polémiques de ces derniers mois. Le moins qu’on puisse écrire, c’est que c’est raté pour le président de la Fifa ».

La ministre des Sports a retweeté le communiqué de presse hypocrite de la FFF, alors en réaction « Le collectif Rouge Direct appelle la ministre des Sports Amélie Oudéa-Castéra à porter le brassard One Love pendant le quart de finale de la Coupe du monde entre la France et l’Angleterre » souligne Ouest-France [84].

Les joueurs allemands, seuls courageux sur les terrains, ont aussi réagit à la censure de la FIFA en posant une main sur la bouche, nous montre Ouest-France [85].

Radio France [86] a repéré « la ministre belge des Affaires étrangères, Hadja Lahbib, s’est présentée devant Gianni Infantino avec le brassard inclusif "One Love". Elle était en tribune pour suivre la rencontre entre les Diables Rouges et le Canada », côté Allemagne, « la ministre de l’Intérieur en charge des sports, Nancy Faeser, a enfilé dans les tribunes le fameux brassard inclusif "One Love" dont ne voulaient pas les organisateurs », « l’ex-première ministre danoise Helle Thorning-Schmidt qui a fait parler d’elle. En tribune pour supporter le Danemark qui jouait face à la Tunisie (0-0), elle s’est affichée avec une robe bleue aux manches aux couleurs de l’arc-en-ciel, symbole du mouvemente LGBT+ », et puis « Alex Scott, consultante anglaise pour la BBC. L’ancienne joueuse internationale a porté le brassard blanc avec l’inscription "One Love", en direct sur la BBC », « Claudia Neumann, spécialiste du football et commentatrice pour la chaîne allemande ZDF, a porté le brassard et un t-shirt arc-en-ciel pendant le match qui opposait lundi les Etats-Unis au Pays-de-Galles », «  Jon Pagh, journaliste Danois pour Tv 2, a porté un brassard "One love", à la télévision, pendant un direct devant l’hôtel de l’équipe nationale danoise », mais « l’ancienne capitaine de la sélection galloise Laura McAllister, à Doha pour supporter son pays, a tenté de passer les contrôles avec un chapeau arc-en-ciel. Des membres de l’association galloise de supporteurs LGBT Rainbow Wall en portaient également. Ils ont tous été sommés de l’enlever. »

La ministre des Sports française, Amélie Oudéa-Castéra a porté elle aussi une tenue avec des arcs-en-ciel sur les manches, a repéré FranceTV [87].

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Notes et bibliographie :

[70Directeur de l’Observatoire du Sport Business



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