7 ans avant que la Cage aux Folles dévoile les talents d’Albin Mougeotte au théâtre, Michel Serrault a eu l’opportunité de créer un personnage de folle plus délirante que son personnage d’antiquaire de 1959.
Philippe de Broca livre ce film comme un conte philosophico-politique contre la folie meurtrière de la guerre. Face à face, deux humanités s’opposent : l’uniformité prédatrice de la société guerrière (pour ne pas dire capitaliste), et l’utopie joyeuse et fraternelle d’une société du vivre ensemble.
Un petit village de France de 1918, menacé de destruction imminente, semble vivre ses dernières heures.
Le village est déserté par ses habitants et ses envahisseurs allemands. Seuls les pensionnaires d’un « asile d’aliénés », trouvant portail ouvert, réinvestissent le village. Enfermés comme des prisonniers, les marginaux de la société, les déviants, les anormaux, ce petit groupe de soit-disants « fous » exulte de liberté, et redonne vie au village.
Parmi ces personnages : M. Marcel un homosexuel flamboyant pour l’époque.
Tous les protagonistes font de nouveau société, chacun dans son rôle, au premier degré, sans aucune honte, sans jugement. Ils ont les uns pour les autres plus d’amour que de préjugés. Leur micro-société n’est que joie, exubérance, lâcher-prise, et amour.
Les spectateurs, toi, êtes infiltrés dans le film comme le personnage de l’espion écossais, et comme lui, vous allez forcément vouloir vous dire qu’il vaut peut-être mieux être inadaptés et prisonniers d’une fantaisie paisible, que pris dans la folie inhumaine des conflits étatiques.
Le personnage de Marcel est traité comme les autres, il est loufoque, il incarne avec beaucoup d’emphase son rôle dans la société, ce qui permet à Michel Serrault de forcer le trait d’un stéréotype gay sans pathos, sans méchanceté, sans drame.
Malheureusement le film fait un bide, et M. Marcel tombe dans l’oubli. Heureusement, Michel Serrault a eu une deuxième chance en 1973 avec la Cage aux Folles.
